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Dépistage

« En CDAG, on fait énormément de prévention. »

Nicole Benyounes (médecin CDAG – Lille)
13/08/2010
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Retrouvez durant ce mois d’août des hommes et des femmes engagés directement ou indirectement dans la lutte contre le sida. Sida Info Service les a interviewés au cours des derniers mois parce que leur parole est une réflexion sur l’épidémie et une incitation à agir.

Aujourd’hui, Nicole Benyounes (médecin CDAG – Lille). Interview publiée le 21 mai 2010.

***

SIS : En 2010, qui vient dans un Centre de dépistage anonyme et gratuit ?

Nicole Benyounes (NB) : Il n’y a pas de profil type : nous rencontrons des personnes de tous âges, tout niveau, toute origine, toutes sexualités. En 2009, une enquête a montré que sur plus de 10 000 personnes reçues tous les ans dans notre CDAG, 6 % venaient d’Afrique subsaharienne et 17 % se définissaient comme homosexuel(le)s, bisexuel(le)s ou transsexuel(le)s, c’est-à-dire beaucoup plus que dans la population générale. Des travailleurs(ses) du sexe comme des prostitué(e)s occasionnel(le)s viennent aussi régulièrement nous voir. Etre situé dans le coeur de Lille nous offre une position privilégiée et facilite un recrutement très large de la population.

SIS : Avez-vous le sentiment que les gens sont bien ou mal informés des risques de transmission du VIH ?

NB : L’hétérogénéité du public implique forcément des niveaux de connaissance très différents. Par ailleurs, il y a une différence entre avoir reçu une information et l’avoir assimilée. Une personne peut savoir a priori que la transmission du VIH n’est pas systématique. Pourtant cette même personne si elle n’a pas mis de préservatif la première fois peut ne pas en utiliser les fois suivantes en se disant : « C’est trop tard : si j’ai dû être contaminé(e), je le suis. Alors tant pis ! ». Or c’est faux. Un rapport voire des rapports non protégés avec une personne séropositive n’entraîne pas systématiquement une contamination.

SIS : Etre contaminé par une piqûre de moustique fait-il toujours partie des croyances en 2010 ?

NB : Ces représentations n’ont pas complètement disparu mais cela devient extrêmement rare. Cependant beaucoup de personnes se posent cette question de base : le VIH, comment ça se transmet exactement ? Le public a entendu les messages d’information, a vu des campagnes de prévention sans pour autant avoir des réponses aux questions précises qu’il se pose sur le sujet. La fellation est-elle contaminante ? Pour les 2 partenaires ? Et le baiser, pourquoi ne l’est-il pas ?

SIS : Est-ce qu’on vous parle des nouveaux outils de dépistage, notamment les tests de dépistage rapide ?

NB : C’est très rare qu’on nous en parle. Quand le sujet est abordé, une confusion se fait parfois avec les autotests vendus sur Internet. Le mot « rapide » crée aussi parfois le trouble puisque seule la lecture du résultat est rapide. Certaines personnes ont le sentiment que le terme est un peu trompeur voire mensonger quand elles se rendent compte que le délai de certitude de séronégativité est de 3 mois pour les tests dits rapides et de 6 semaines pour les tests classiques... Mais heureusement l’entretien en CDAG ne se limite pas à un test rapide ou pas rapide. L’entretien que nous proposons à la personne qui vient nous voir est un véritable échange. Nous essayons de comprendre son histoire et le contexte dans lequel elle a pris un ou des risques. Du coup ce dialogue lui permet de réfléchir à ses propres stratégies de prévention. En CDAG, on fait énormément de prévention, pas seulement de la prescription de test !

SIS : Le récent raccourcissement du délai de trois mois à 6 semaines pour être sûr de ne pas être contaminé a-t-il été bien perçu ?

NB :Beaucoup de personnes sont restées sur le délai de 3 mois. C’est nous bien souvent qui les informons de ce nouveau délai de certitude pour une séronégativité.

SIS : Rencontrez-vous des phobiques qui veulent répéter le test de dépistage par peur irraisonnée d’être contaminés ?

NB : Les vrais phobiques sont rares mais il est vrai que le VIH focalise souvent l’anxiété des personnes, beaucoup plus que les autres IST. L’entretien permet d’aborder le contexte global. Le stress peut être lié pour un étudiant à la période des examens. Pour d’autres au tempérament anxieux de façon générale, le VIH peut cristalliser toute leur attention à un moment donné de leur vie et leur anxiété se porter sur un autre thème quelques semaines plus tard. Parler leur permet de comprendre ce qui se passe pour eux, de prendre un peu de distance.

SIS : L’anonymat est-il toujours un critère important pour les gens qui consultent en CDAG ?

NB : Toutes les personnes ne sont pas attachées à l’anonymat mais c’est un plus, comme la gratuité. L’anonymat permet au consultant d’avoir la certitude d’être le seul dépositaire du résultat de son test. Pour certaines personnes, il est très important, notamment pour les mineurs, les personnes sans couverture sociale, les sans-papiers, les personnes peu enclines à parler à leur médecin traitant d’une relation vécue en dehors du couple, etc.

SIS : Vous faites des consultations en CDAG depuis 1993. En 17 ans, quels grands changements avez-vous vécus dans votre pratique ?

NB : Les IST ont pris petit à petit une plus grande place. En 2000, la recrudescence de la syphilis a précédé celle de la lymphogranulomatose vénérienne (LGV) en 2003. Il est désormais possible de faire le dépistage de l’hépatite C et de l’hépatite B en CDAG. Le délai de certitude d’une séronégativité est passé de trois mois à 6 semaines. Il y a aussi le dépistage tardif dans certains groupes de la population, notamment les personnes de plus de 30 ans, peut-être une conséquence des divorces et des périodes difficiles qui s ’ensuivent. Et puis, aujourd’hui, on parle beaucoup plus d’alcool chez les jeunes, chez les filles en particulier. Les garçons ne boivent pas moins, ce sont les filles qui boivent plus qu’avant ! Du coup des comportements à risque plus fréquents se produisent : sexualité à risque d’IST, grossesses non désirées, agressions… Comprendre l’émergence de ces nouvelles pratiques - pas seulement à l’échelon individuel mais aussi à l’échelon sociologique, permettrait d’être plus pertinent dans les réponses à apporter.

SIS : Une dernière question : avez-vous beaucoup d’orientations de Sida Info Service ?

NB : Oui régulièrement les gens recourent au 0 800 840 800. Je m’en réjouis car Sida Info Service apporte une très bonne réponse à l’anxiété, la ligne étant ouverte en permanence. En cas de prise de risque et d’inquiétude, les écoutant(e)s sont le premier élément de la chaîne. Sur leurs conseils, les gens viennent ensuite parler dans un CDAG, rencontrer un médecin. Nous formons un bon tandem ! (Rires)

Interview réalisée par Alain Miguet pour Sida Info Service

 
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