https://www.sida-info-service.org
faire un don
QUESTIONS FRÉQUENTES
AGIR APRÈS UN RISQUE

Etes-vous satisfait-e de votre médecin généraliste ?
  •  
  •  
  •  

A visiter

Appelez-nous

Service

Forum

Multimédia

Pratique

Handicap et Santé sexuelle

25/02/2013
Version imprimable de cet article Diminuer la police Augmenter la police

Une expo photos, une rencontre du CRIPS-Ile-de-France en partenariat avec l’association Handivol, une projection débat autour du film Vos désirs sont des échos ou des égos ?... Au moment où la Cité de la Santé à Paris* s’intéresse jusqu’au 21 avril prochain à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, Sida Info Service vous propose d’aborder ce sujet par la voie de l’assistance sexuelle.

L’association Ch(s)OSE milite en effet depuis quelques années pour la création de services d’accompagnement sexuel pour les personnes lourdement handicapées à l’exemple de ce qui se fait dans certains pays européens. Début février, la présidente de CH(s)OSE, a adressé un courrier à François Hollande pour lui rappeler ses promesses de campagne sur l’ouverture d’un débat public. Pascale Ribes a accepté de répondre à nos questions pour détailler les objectifs de CH(s)OSE et préciser ce qu’elle attend du président de la République.

Sida Info Service a aussi interrogé Grégory Bec, psychologue et directeur des Petits Bonheurs, une association qui vient en aide aux personnes séropositives en Ile-de-France. Nous lui avons demandé si, parmi les malades du sida les plus affaiblis par la maladie, parfois en situation de handicap, la demande d’une assistance sexuelle avait déjà été formulée. Précisons que Grégory Bec répond à titre personnel en tant que psychologue, car la question de l’assistance sexuelle n’a pas été débattue en conseil d’administration des Petits Bonheurs.

Lire notre dossier spécial « Amour, sexe et handicap »

Photographie de Mathias Tranakidis pour l'association Handivol Photographie de Mathias Tranakidis pour l’association Handivol

Les personnes lourdement handicapées ne peuvent pas vivre leur sexualité sans l’aide d’un tiers. Ch(s)OSE (Collectif Handicaps et Sexualités OSE) milite pour la création en France de services d’assistance sexuelle. Pascale Ribes, présidente de cette association, répond aux questions de Sida Info Service.

L’assistance sexuelle, qu’en dit-on en France ?

La question de la santé affective et sexuelle des personnes lourdement handicapées n’est absolument pas prise en compte par les pouvoirs publics. Pourtant cette demande n’est pas nouvelle. Elle date de plusieurs années et puise sa légitimité dans le fait que les personnes en situation de handicap sont d’abord des êtres humains sexués.

Qu’en disent les personnes handicapées ?

Les personnes qui n’ont pas du tout accès à leur propre corps parce qu’elles sont très lourdement handicapées font remonter cette demande d’assistance sexuelle depuis des années via leurs associations respectives et les services qui s’occupent de leurs soins. Ce qui change, c’est qu’elles osent mettre un peu plus ce genre de débat sur la place publique.

Quel est l’objectif de CH(s)OSE ?

CH(s)OSE essaie de faire de cette question un débat public pour pouvoir évoquer ces problèmes au grand jour et envisager les réponses adéquates. CH(s)OSE s’est construite sur cette base-là. Au départ nous étions un simple collectif chargé d’étudier cette question de l’assistance sexuelle. Petit à petit on a vu remonter vers nous de plus en plus de demandes de personnes en situation de handicap. On s’est mis d’accord pour créer une fédération et devenir une personne morale pour porter ces questions. Notre objectif principal est donc d’exister juridiquement pour pouvoir militer en faveur d’un réel accès à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. CH(s)OSE a été créé en janvier 2011. Nous fédérons aussi bien des personnes morales comme des associations représentant des personnes en situation de handicap que des personnes physiques. Toutes ces personnes se sont rejointes parce qu’à un moment donné la sexualité des personnes en situation de handicap n’avait pas de réponse, ne coulait pas de source, était l’objet d’un déni.

Tout le monde a-t-il droit à la sexualité ?

Evidemment car la sexualité, c’est d’abord un droit, une liberté fondamentale ! Or la personne en raison de son handicap ne peut pas vivre sa sexualité sans l’aide d’un tiers. C’est quelque chose d’incontournable. Pour nous, la sexualité est le dernier droit à conquérir pour les personnes en situation de handicap dans le sens où ce droit est aujourd’hui totalement nié, totalement occulté.

Que disent les adversaires de l’assistance sexuelle ?

En France, l’assistance sexuelle est associée à tort à la prostitution. Créer un service d’accompagnement à la vie affective et sexuelle reviendrait à créer du proxénétisme. En fait il ne s’agit pas de créer une forme de proxénétisme puisque nous réclamons une exception à la loi pénale. On ne demande pas que la loi pénale actuelle soit abrogée, on demande simplement que soit prise en compte la particularité des personnes en situation de handicap. Il s’agit pour nous de pouvoir considérer le besoin de ces personnes et de leur apporter des réponses adaptées.

Quel cadre éthique pour les assistants sexuels ?

CH(s)OSE réfléchit actuellement à un cadre éthique. Nous travaillons à l’élaboration d’un référentiel, un cahier des charges pour la formation des assistants sexuels. Car bien sûr les assistants sexuels seront dûment formés et participeront à des supervisions de leur travail. Cela signifie qu’ils n’interviendront que dans un cadre strictement règlementé. Ces conditions permettront de garantir l’absence d’abus sur des personnes fragiles, une façon d’empêcher les dérives.

Quels retours avez-vous des exemples étrangers ?

Les retours des services proposés à l’étranger (Suisse, Pays-Bas, Allemagne… – NDLR) sont très positifs car les personnes y trouvent une réponse à leurs besoins. Nous savons qu’un certain nombre de Français passent la frontière pour aller dans ces pays où l’assistance sexuelle est permise. Nous ne souhaitons pas cependant reproduire en France un modèle existant ailleurs puisqu’il faut tenir compte du contexte de chaque pays.

Pourquoi avoir adressé une lettre ouverte à François Hollande ?

Dans cette lettre ouverte datée du 8 février 2013, nous demandons au président de la République d’honorer son engagement pris durant la campagne électorale d’ouvrir le débat sur l’assistance sexuelle. A l’époque, la question lui avait été posée très ouvertement et il s’était prononcé en faveur de ce débat. On est venu lui rappeler cette promesse. Pour le moment nous n’avons pas reçu de réponse. Néanmoins j‘ai des possibilités de rendez-vous avec les ministres concernés.

- La lettre ouverte au président de la République sur le site de CH(s)OSE (en pdf)

***

Les Petits Bonheurs viennent en aide aux malades du sida les plus affaiblis par la maladie, parfois en situation de handicap. Une demande d’assistance sexuelle a-t-elle déjà été formulée par ces personnes ? Cette question n’a pas encore été discutée en équipe. C’est donc en tant que psychologue que Grégory Bec, directeur de l’association, nous livre son point de vue.

« Aux Petits Bonheurs, nous avons été, et sommes, confrontés à l’expression de plusieurs personnes désocialisées, dépendantes ou très stigmatisées physiquement qui font état de l’impossibilité pour elles de pouvoir avoir une quelconque forme de vie sexuelle, étant dans l’ impossibilité d’une part, de faire des rencontres, d’autre part, de se vivre comme potentiellement désirables.

Plusieurs ont évoqué l’hypothétique recours à des professionnel(le)s mais se posent, entre autres, le problème de la confiance et de la sécurité, celui d’être en lien avec eux ou elles, et également pour certain(e)s le problème des moyens financiers. Je pense plus particulièrement à des personnes hospitalisées durant plusieurs trimestres voire années, ou encore à des patients placés en institution et sous tutelle.

Au delà de cette verbalisation explicite de quelques-uns sur une frustration à ne pas pouvoir avoir de vie sexuelle, il est important de souligner une demande bien plus fréquente, qu’on pourrait traduire par le manque, et donc le besoin, de tendresse, de caresses, d’être touché, bercé, « caliné »...

En tant que psychologue, je suis personnellement tout à fait favorable à ce que la France s’inspire des programmes et initiatives développés dans plusieurs pays européens, et restaure ainsi un droit au plaisir, via des services adaptés et structurés, à des personnes qui de part leurs handicaps ou la maladie, en sont privées, la question de la séropositivité, comme celle également de l’homosexualité exacerbant encore cette exclusion. »

Info plus :

The Sessions, un film de Ben Lewin, à voir en salles à partir du 6 mars 2013, aborde la question de l’assistance sexuelle.

Mark fait paraître une petite annonce : « Homme, 38 ans, cherche femme pour relation amoureuse, et plus si affinités. En revanche paralysé… Amatrices de promenade sur la plage s’abstenir... ».

L’histoire vraie et bouleversante d’un homme que la vie a privé de tout, et de sa rencontre avec une thérapeute qui va lui permettre d’aimer, « comme tout le monde ».

La bande annonce de The Sessions

*Le programme « Amour, sexe et handicap » à la Cité de la Santé

Dossier réalisé par Alain Miguet pour Sida Info Service

 
Partager cet article envoyer l'article par mail Partager sur facebook