QUESTIONS A...
Armand Berthomé, nouveau délégué régional de Sida Info Service à Strasbourg

"J’essaie de valoriser le service formation de Sida Info Service"

Sida Info Service (SIS) : Depuis quelques mois, une délégation régionale a remplacé le pôle d’écoute de Sida Info Service à Strasbourg. Qu’est-ce que cela change ?

Armand Berthomé (AB) : Après la création de Sida Info Service en 1990, le pôle Grand-Est et son pôle d’écoute téléphonique ont existé jusqu’en juin 2007, leur fermeture étant la conséquence d’un plan de restructuration. A l’automne 2007 a été ouverte la délégation Est, dont je suis devenu le Délégué régional. Cette évolution a complètement modifié la vision des choses et le travail avec les partenaires. En effet le réseau prévention alsacien avait l’habitude de travailler avec la participation des écoutants aux actions locales, que ce soit la formation des élèves infirmières dans les IFSI (Instituts de Soins Infirmiers), les établissements scolaires ou le travail de partenariat avec la DDASS ou la ville de Strasbourg, par exemple pour le 1er décembre ou le Sidaction.

SIS : Aujourd’hui, quelles sont vos priorités ?

AB : Je cherche à recréer un réseau de partenariat et à expliquer le rôle d’une délégation. La difficulté est liée au fait qu’à l’époque du pôle d’écoute, nous demandions peu de participation financière à nos partenaires. A présent, la délégation doit être à terme en autofinancement total, et j’ai adressé plusieurs demandes à la ville de Strasbourg, au Groupe régional de santé publique (GRSP), aux conseils généraux… pour financer nos actions. Cette démarche, très nouvelle, provoque parfois des incompréhensions. Mais elle est essentielle pour valoriser le travail de la délégation en particulier et de Sida Info Service en général, notamment par le biais de son service formation.

SIS : C’est-à-dire ?

AB : Je travaille seul à Strasbourg. Malgré ma déjà longue expérience de terrain, je n’ai pas forcément toutes les compétences dans les domaines variés sur lesquels nous intervenons : sida, hépatites, toxicomanie, prévention, sexualités, droits des malades, etc. L’association Sida Info Service, riche d’un potentiel humain et professionnel important, elle, les a. Cependant, dans les régions, les décideurs sont un peu rétifs à faire venir des formateurs de Paris, voire d’une autre région, parce qu’ils ont besoin de justifier l’utilisation des fonds sur des compétences locales. Je pense malgré tout que cela viendra en raison du déficit actuel de certaines ressources locales, la crise suicidaire chez les jeunes étant un exemple. Dans ces conditions, le service formation de SIS pourra jouer un grand rôle.

SIS : En Alsace, quels sont les manques en matière de politique de prévention ?

AB : Depuis quelques années, des associations oeuvrant dans le champ de l’homosexualité, du VIH et des hépatites ont déserté la prévention dans les établissements scolaires. Cela m’a surpris car l’Alsace a l’avantage de bénéficier d’une très grande mobilisation des infirmières scolaires. Elles sont très dynamiques, commencent à se fédérer, sont très au fait des pathologies ; mais elles ne sont pas toujours en mesure d’animer des modules de formation. Elles se confrontent parfois aussi au manque de mobilisation des professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), qui devraient pourtant s’intéresser à ces questions. Je me suis donc rapproché d’elles pour intervenir dans les classes de quatrième et troisième, et j’espère rapidement dans les classes de seconde et de première. Pour cette action, j’essaie de mobiliser d’autres partenaires comme Action Sida Ville, une association de professionnels de santé impliqués dans le domaine du sida, des hépatites, de la toxicomanie et autres addictions, dont Sida Info Service est d’ailleurs membre fondateur.

SIS : Strasbourg est une ville frontalière. Travaillez-vous avec des associations allemandes de lutte contre le sida ?

AB : La situation est un peu compliquée. Historiquement nous avons été aidés par une personnalité très connue à Strasbourg propriétaire de trois établissements, un situé à Kehl et les deux autres à Strasbourg. Il était très motivé dans la lutte contre le sida et les exclusions et faisait de la prévention bien avant que la charte de responsabilité des établissements gays, dont Sida Info Service est signataire, ait été mise en place. Mais il faut savoir qu’en Allemagne, la loi n’est pas la même qu’en France. La municipalité de Kehl l’a traîné devant les tribunaux parce qu’il n’est pas permis de distribuer du matériel de prévention dans les établissements du genre saunas, qu’ils soient gays ou hétéros.

SIS : Plus aucune action commune ne se déroule donc entre la France et l’Allemagne ?

AB : Une opération avait été programmée il y a 2 ans à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida. Il était prévu de créer une Chaîne du Baiser sur le Pont de l’Europe, un symbole fort, pour le rassemblement des peuples et la lutte contre les discriminations. Hélas, ça n’a pas fonctionné. La DDASS, pilote du projet, a décidé de tout arrêter. Aujourd’hui, en raison de problèmes d’organisation, de problèmes politiques, les liens sont en pointillés. Il y a pourtant des énergies et ce serait bien de pouvoir faire quelque chose à l’avenir.

SIS : En Alsace, quelles sont les problèmes rencontrés par les migrants ?

AB : Nous constatons de plus en plus de précarité chez les malades étrangers qui arrivent des pays de l’est de l’Europe ou d’Afrique pour se faire soigner à Strasbourg. Jusqu’à présent beaucoup d’Africains transitaient soit par l’Espagne et le Portugal soit par l’Italie pour remonter ensuite vers l’Allemagne et arriver en France. Pendant plusieurs années, un Collectif, qui s’est malheureusement arrêté, a travaillé sur la prostitution féminine, très importante à Strasbourg. Les femmes étaient surtout africaines mais aussi originaires de Serbie, Croatie, Russie, Pologne… Le flux des jeunes femmes venant de ces pays s’est un peu réduit contrairement au réseau africain. La nouveauté, depuis un an et demi, ce sont des migrants en demande de soins lourds. Ils viennent de Macédoine ou de Moldavie, pas forcément pour le VIH mais pour des pathologies comme le diabète. Un gros réseau de gens à dialyser existe, ce qui pose d’énormes problèmes, de prise en charge notamment. Il y a aussi les hépatites virales B et C parfois associées aux IST.

SIS : Que faites-vous pour faire face à ces difficultés ?

AB : Sida Info Service a adhéré en décembre 2007 à une plate-forme assez extraordinaire dans l’Est qui s’appelle plate-forme Santé-Précarité, créée à l’initiative de travailleurs sociaux, il y a 5 ou 6 ans. Ils travaillaient avec des précaires, des migrants, des personnes en soins pour des addictions et en situation de grande difficulté de vie quotidienne, et se sont mis à agir en réseau. La structure a grossi compte tenu des problématiques multiples et des demandeurs de plus en plus nombreux. Il y a un an et demi, la DRASS a décidé de piloter la plate-forme en recrutant une coordinatrice. Le projet s’étale sur trois ans. La plate-forme composée d’une soixantaine de structures travaille dans le domaine de l’hébergement d’urgence, l’accès aux soins, les pathologies mentales, les femmes à la rue, les personnes séropositives SDF, les toxicomanes et ex-toxicomanes.

SIS : Quel est votre rôle au sein de cette plate-forme ?

AB : Mon rôle est de faire remonter à terme, par des études ou des enquêtes réalisées par l’Observatoire de Sida Info Service, les appels que nous pouvons recevoir sur ces problématiques. Je participe aussi à des commissions de travail thématiques : accès aux soins, pathologies mentales et précarité et une nouvelle, que j’ai contribué à créer, addictions et précarité. Il s’agit surtout de prévention, qui est mon principal domaine d’intervention.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Sida Info Service



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