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questions à régis, écoutant depuis novembre 1990
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Sida Info Service (SIS) : Qu’est-ce qui caractérisait l’écoute entre 1990 et 1995 ?
Régis (R.) : La toile de fond de l’écoute, c’était la présence de la mort, véritable « bruit de fond de l’univers » comme disent les astronomes. La mort était liée à tous les appels et conditionnait toutes les réponses. L’écoute était littéralement contaminée par cette présence plus ou moins lointaine, du simple appel sur la fellation – qu’on a toujours mais qui n’est plus porté par ce contexte-là – jusqu’aux appels des personnes qui n’allaient franchement pas bien. Donc, une écoute contaminée par la présence de la mort plus qu’une écoute de la mort à proprement parler.
SIS : Quelle était la situation thérapeutique à l’époque ?
R. : Il n’y avait pas grand chose, les premiers nucléosidiques, l’AZT depuis 1987 par exemple, ensuite la DDC, quelques médicaments comme ça. Les gens n’en prenaient qu’un car on ne parlait pas de bithérapie et encore moins de trithérapie. Dans mon souvenir, la bithérapie a commencé peut-être un peu après 1992 / 1993. Alors on faisait le tour des trois quatre médicaments existants jusqu’à épuisement. Et puis voilà. On arrêtait, on reprenait, on arrêtait à nouveau selon les cas.
SIS : Est-ce que vous vous souvenez d’un appel de cette période ?
R. : Je me souviens surtout d’un appel que Pierre Kneip, notre directeur à l’époque, avait évoqué dans une de ses « Chroniques des années sida » dans l’hebdomadaire Gai Pied Hebdo. Séropositif, il appelait parfois lui-même Sida Info Service. Une nuit, alors qu’il n’allait pas très bien, il souhaitait parler de sa propre mort. Or l’écoutant avait passé son temps à se dérober à cette discussion parce qu’il en avait peur lui-même. Je trouve que ce chassé-croisé autour de la mort est tout à fait caractéristique de l’époque. Soit les gens ne nous posaient pas franchement les questions qui les angoissaient le plus, soit c’était nous qui répondions toujours un petit peu à côté. C’était difficile d’être au bon endroit au bon moment pour répondre de manière adéquate.
SIS : Comment les écoutants vivaient-ils cette souffrance et ce rapport à la mort ?
R. : Ils le vivaient avec une certaine angoisse mais aussi avec une détermination à surmonter cette angoisse dans un engagement associatif que tout le monde voulait au plus près des difficultés des appelants. Des difficultés souvent insurmontables il faut bien le dire ! D’où le sentiment d’exaltation qui en ressortait et en même temps un plaisir à travailler ensemble qui allait au-delà de la fatigue et du stress inhérents à cette période. Oui, c’est cela, il y avait de l’angoisse et de l’exaltation.
SIS : Comment êtes-vous arrivé à Sida Info Service ?
R. : J’étais rentré à AIDES au tout début, en 1985. A l’époque, il n’y avait que cette association qui fonctionnait à peu près, et à l’intérieur ce qu’on appelait la PTL (permanence téléphonique). Pour ma part, je ne travaillais pas à la permanence téléphonique mais dans un autre service. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Pierre Kneip. A un moment donné, il y a eu cette extension de la permanence téléphonique avec Sida Info Service. J’y suis venu pour deux raisons. D’abord parce que c’était en filiation directe avec AIDES et parce qu’on avait enfin, à cause des budgets publics alloués à Sida Info Service, les moyens de notre politique sur un aspect bien particulier : l’écoute téléphonique. Ce n’était malheureusement quasiment jamais le cas à AIDES quel que soit le secteur. On le voyait bien avec la PTL. Malgré la volonté d’étendre le dispositif, les moyens financiers ne suivaient pas. Ensuite, je suis venu à Sida Info Service car il y avait une nécessité financière plus personnelle, qui n’était pas sans rapport d’ailleurs avec le sida.
SIS : Sida Info Service est constitué d’un pôle parisien et de pôles régionaux. Y avait-il des contacts entre les écoutants parisiens et les écoutants de province ?
R. : Très peu car les pôles se sont développés simultanément mais un peu de manière distante, de manière un peu parallèle au pôle parisien qui était tout de même le pôle de référence. Peut-être aussi parce que les écoutants de province étaient peu nombreux. Et puis tout était à faire en province alors qu’à Paris il y avait déjà pas mal d’activités autour du sida. Cette distance a été renforcée par le fait que les écoutants de province avaient des modalités de travail différentes de celles des écoutants parisiens.
SIS : Quel est le point le plus positif de l’action de Sida Info Service durant cette période ?
R. : C’est certainement la dimension nationale avec l’intention de toucher un public le plus large possible par le biais d’un numéro gratuit 24 h sur 24. Pour la première fois, enfin, on assistait à un engagement réel et déterminé de l’Etat envers tout le monde. Jusque-là, l’Etat avait été quasiment inexistant.
SIS : Y a t-il un point que Sida Info Service n’a pas vu à l’époque, n’a pas bien fait ou a manqué ?
R. : En externe, mais on n’était pas les seuls car tout le monde se trouvait dans la même situation malgré les déclarations de bonne volonté, c’est d’être passé à côté des « minorités dans la minorité ». C’est-à-dire les étrangers et les toxicomanes même s’il y avait un discours, même s’il y avait des documents qui étaient publiés. Ce sont des gens qui n’appelaient pas la ligne et qui en général ne venaient pas dans les associations.
En interne, c’est l’articulation entre vie associative – dont le modèle était AIDES – avec tout ce que ça implique de dimension démocratique, de débats, de délégation des pouvoirs, et les règles qui se sont d’emblée imposées parce qu’elles nous ont été imposées de l’extérieur. C’était le compromis de départ pour que le ministère nous finance à savoir un mode de fonctionnement beaucoup plus classique basé sur le modèle d’une entreprise parapublique. Je pense qu’une articulation entre ces deux modèles aurait pu être faite. Hélas, elle ne s’est pas produite, on n’a jamais pu ou su allier les deux.
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questions à rené-paul, écoutant depuis décembre 1991
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René-Paul est arrivé comme écoutant à Sida Info Service en décembre 1991, aujourd’hui il est coordinateur d’équipe à Paris.
Sida Info Service (SIS) : Qu’est ce qui caractérisait l’écoute au cours de la période 1990-1995 ?
René-Paul (R.-P.) : C’était vraiment les années les plus noires de l’épidémie. Par conséquent, ce qui caractérisait l’écoute, c’est qu’en plus des personnes qu’on a toujours, à savoir des gens pris dans une angoisse liée à un risque, on avait les personnes directement touchées et les proches des personnes touchées par le VIH. La mort et le deuil étaient très présents car nous étions confrontés à l’échec des traitements. Il y en avait très peu à l’époque. Je me souviens que quand j’ai commencé à travailler, c’était le moment où la DDI arrivait, le premier traitement après l’AZT. L’environnement était beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui.
SIS : Qui étaient les écoutants ? D’où venaient-ils ?
R.-P. : La différence avec aujourd’hui – et ce n’est pas une critique à l’égard des écoutants actuels parce que je pense qu’il y a toujours un aspect militant dans notre travail, c’est qu’il y avait à l’époque une situation d’urgence. Les gens étaient très militants. Beaucoup venaient d’associations principalement de AIDES. Beaucoup aussi étaient des personnes touchées par le VIH. Si je prends mon cas personnel, c’était le désir de s’engager dans la lutte contre le sida. En raison du contexte très affirmé de militantisme, il y avait un aspect beaucoup plus fort qu’aujourd’hui dans le fait de venir travailler à Sida Info Service.
SIS : En quoi le téléphone était-il un outil intéressant pour les appelants ?
R.-P. : On était au tout début du grand mouvement de la téléphonie sociale et je pense que le fait de pouvoir appeler 24 h sur 24, tous les jours de l’année, pour les personnes touchées, c’était extrêmement important. Ca permettait aux personnes atteintes de créer un lien. C’est quelque chose qui existe encore ponctuellement. Certains appelants nous appellent depuis très longtemps – Dieu merci ils sont encore vivants et ils nous appellent régulièrement. Mais à l’époque on avait des gens qui étaient parfois dans une très grande solitude, dans un très grand isolement, et le téléphone était ce lien qui les rattachait à une voix, à un être humain qui leur parlait et avec lequel ils parlaient. L’autre aspect important du téléphone, c’est la confidentialité et l’anonymat. Ainsi les gens pouvaient poser des questions sur un sujet qui était encore extrêmement tabou et hot à l’époque.
SIS : Parmi tous ces appels, il y en a un qui vous a particulièrement marqué ?
R.-P. : Pour un écoutant qui débute, les premiers appels marquent beaucoup. Je me souviens d’une femme qui m’a dit d’emblée quand j’ai décroché : « J’ai enterré ma fille ce matin et je voudrais pouvoir pleurer. ». J’ai été un peu déstabilisé et j’ai fini par dire : « Eh bien, madame, si vous désirez pleurer, allez-y… ». Je n’ai pas été déçu parce que ça a été pratiquement un quart d’heure non stop de sanglots. Pendant un quart d’heure, j’ai entendu cette femme pleurer et, comme j’étais au début de mon travail d’écoutant, je ne savais pas s’il fallait dire quelque chose ou ne pas dire quelque chose. J’étais extrêmement embarrassé par l’expression brute de décoffrage de ce chagrin. Puis, quand elle m’a raconté son histoire, je me suis aperçu que c’était quelqu’un que j’avais déjà entendu en double-écoute, à l’époque où j’étais en période de formation. J’avais entendu cette femme qui se demandait comment faire pour ramener sa fille mourante à la maison pour les fêtes de Noël et comment mettre à l’abri son petit garçon. Elle ne voulait pas confronter le petit frère à l’état de déchéance physique dans lequel se trouvait sa sœur. Grâce à cet appel, j’a donc appris que cette fille était morte et j’ai découvert ce qu’était le parcours d’une mère de toxicomane à l’époque. C’est-à-dire un parcours épouvantable. En plus c’est une femme qui avait tout pris en charge car le père s’écroulait et le plus jeune fils, un gamin, il fallait le protéger.
SIS : Quel est le point le plus positif de l’action de Sida Info Service durant cette période ?
R.-P. : Je pense que c’est d’avoir lutté pour que le VIH sorte des placards de la honte en informant. Ce qui reste d’ailleurs notre principale mission. Mais je pense qu’à l’époque c’était encore plus important d’apporter de l’information vu qu’il courait vraiment n’importe quoi sur le VIH. Les personnes atteintes avaient vraiment très peur, elles étaient très stigmatisées. Notre boulot a été surtout de parler de ça, d’offrir aux gens la possibilité d’en parler, d’avoir une information claire, nette et précise et de lutter contre toute cette honte, cette chape de plomb qu’il y avait sur le sida et les fantasmes qui y étaient associés.
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questions à Bernard Sellier*, photographe, bénévole à sida info service
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Depuis vingt ans, il est impliqué dans la lutte contre le sida.
Sida Info Service (SIS) : Pouvez-vous rappeler ce que signifiait être séropositif au début des années 1990 ?
Bernard Sellier (B.S.) : Cette époque signifiait que l’on avait quelques semaines, quelques mois à vivre. C’est comme ça que j’ai vécu ces années-là. Quand j’ai commencé à prendre de l’AZT, en septembre 1987, il fallait se rendre à la pharmacie de l’hôpital. Les séropositifs, enfin les malades du sida – je préfère ce terme-là – devaient faire la queue après avoir été examinés sous toutes les coutures par leur médecin. On était tellement inquiet qu’on nous inspectait de la tête aux pieds. A la pharmacie, on nous versait les gélules d’AZT dans des petits sacs en plastique comme pour les bonbons. J’ai le souvenir d’être en plein vent, à un petit guichet ouvert où le pharmacien me comptait mes gélules.
SIS : Vous dites préférer le terme malade du sida à celui de séropositif. En quoi cette précision de vocabulaire est-elle importante ?
B.S. : Le vocabulaire est très important parce qu’il te situe face au VIH et aussi face à toi-même, à ton propre corps. Dire que je suis séropositif depuis plus de vingt ans, c’est m’enlever des années de souffrance, des années durant lesquelles je ne marchais plus, où j’étais dans un fauteuil roulant, où on ne savait pas si j’allais vivre. Lutter contre le sida, c’est un combat de chaque jour, de chaque heure.
La séropositivité, je pourrais dire à la limite que je la connais aujourd’hui, vingt ans après. Je la connais parce que ça fait deux ans que cahin-caha je suis en fenêtre thérapeutique, que je ne prends plus de médicaments. Mais il y a vingt ans, c’étaient les essais thérapeutiques. C’étaient les dosages non pas à tuer un cheval mais une cavalerie ! C’est avant tout pour cette raison que je ne me sens pas séropositif. Je me sens malade du sida.
SIS : Quelle était la relation patients / médecins à l’époque ?
B.S. : Il y avait des médecins exceptionnels bien sûr, mais il y en avait quand même pas mal qui considéraient le sida comme une nouvelle chance pour se faire connaître. Certains se spécialisaient dans les essais thérapeutiques. Je me souviens d’une femme, je ne dirai pas son nom, elle est toujours très connue dans le milieu du sida, pour qui ça n’avait pas d’importance que je meurs. Pour elle, il fallait absolument finir le protocole qu’elle avait décidé. J’ai vraiment failli y passer.
SIS : Les malades avaient l’impression d’être des cobayes ?
B.S. : Nous étions des cobayes et des malades qui se battaient contre les médecins. Mais il y a quand même eu, au cours de ces années, des moments où le dialogue était possible avec les services hospitaliers. Par exemple, il y a un souvenir extraordinaire que je conserverai toute ma vie. En 1987, pour pouvoir me prescrire de l’AZT, les médecins devaient présenter un dossier devant une commission. Ce dossier a été refusé parce que j’avais fait auparavant un cancer du testicule. Pour la commission, me mettre sous AZT, c’était me tuer. Eh bien, en accord avec mon médecin – celui qui me suit depuis vingt ans – en prenant en compte toutes les données connues sur l’AZT, on a commencé le traitement. Mais pas n’importe comment, avec un temps de préparation. J’allais voir mon médecin toutes les semaines. Un jour, il m’a dit : « Ca y est. Tu es prêt. Ce soir, à minuit, tu mettras tes deux gélules d’AZT dans le creux de ta main. Je serai en pensée avec toi et tu diras avec moi : ceci, c’est pour me sauver ! ». Ce que je veux dire, c’est que j’ai agi avec clairvoyance. J’avais des données scientifiques en main et je les ai évaluées avec mon médecin. Avec lui, j’ai pris un risque mais c’était un risque éclairé.
Aujourd’hui, ce que je ne le supporte pas avec cette foutue trithérapie, c’est que les médecins ont remis leur blouse blanche. Ils décident de tout. Ils sont à nouveau maître de la situation. En tout cas, ils le croient et veulent le faire croire. Mais c’est faux. Ce n’est pas vrai du tout en fait !
SIS : Au cours de ces années-là, avez-vous ressenti le besoin de téléphoner à Sida Info Service ?
B.S. : J’ai dû téléphoner vers 1985 ou 1986. C’était donc la permanence téléphonique de AIDES car Sida Info Service n’existait pas encore. Je m’en souviendrai toujours car le téléphone était installé dans le couloir de l’hôpital. Il fallait parler de ses problèmes devant tout le monde, devant des tas de gens qui se baladaient. Ce qui m’a énormément choqué, c’est qu’à la fin de l’entretien, alors que je venais de parler de mon angoisse liée à mon avenir, l’écoutant m’a posé la question suivante, sur un ton très sec : « Etes-vous homosexuel ? ». J’ai souvent dit par la suite que c’était un très mauvais questionnaire. Je garde un très mauvais souvenir de ce premier appel.
SIS : Est-ce que vous pensez, en dépit de cette question – qui n’est plus posée aujourd’hui à la fin d’un entretien – que le téléphone était un bon outil pour aider les malades ?
B.S. : Oui, ça a été très important. Peut-être parce que le sida a commencé avec une population privilégiée au niveau intellectuel, au niveau culturel et que la parole, même à travers le téléphone ? et en plus une parole anonyme ? était facile. Aujourd’hui, on est peut-être dans une génération de séropositifs et de malades du sida où la parole à travers le téléphone est beaucoup moins facile. Je ne dis pas que les écoutants sont moins bons que leurs aînés, je pense que c’est la population qui a changé. Et puis l’environnement bien sûr.
SIS : En dehors du soutien téléphonique, est-ce que les malades avaient accès à une aide psychologique ?
B.S. : J’ai fait partie de groupes de parole. Toutes les semaines, j’avais une psychothérapie avec un volontaire de AIDES. Mais tout le côté psychologique a été pris en charge par mon médecin. Tu sais, quand tu es photographe, que tu commences à être connu, l’espoir d’une belle carrière et que, patatras, tu perds 20 kilos, que tu n’as plus d’avenir… Heureusement, j’ai eu en face de moi un médecin extraordinaire. Il a posé les questions essentielles : « Qu’est-ce que c’est la vie ? Qu’est-ce que c’est la mort ? » On a tout de suite travaillé sur la mort. Si bien qu’ensuite, en tant que volontaire de AIDES, j’étais très réputé pour les accompagnements de fin de vie parce que je parlais naturellement de la mort. La mort, pour moi, c’est la vie. Bien sûr, j’ai encore des angoisses de mort. Mais ce travail réalisé à l’époque m’a permis d’avancer. Aujourd’hui, quand je hurle – ça m’arrive encore – je hurle contre la souffrance. Je ne savais pas qu’un homme pouvait endurer de telles souffrances physiques. C’est la grande découverte. Souffrir à ne plus pouvoir reprendre sa respiration, ça donne le vertige. En même temps, ça rappelle qu’on est vivant. Si je suis là à faire cet entretien, c’est parce que je suis vivant avec vous, parmi vous, que je suis ici et maintenant avec vous. Je crois que c’est ça ma force. La vie.
SIS : Quel regard portez-vous sur ces années-là, avec le recul ?
B.S. : J’ose dire que c’était ma meilleure période. Au niveau associatif, sûrement. Pour les forces vives des associations, sûrement. Aujourd’hui, les associations s’essoufflent au niveau humain alors qu’il y a tant à faire.
SIS : Vous êtes en colère contre ce qui se passe aujourd’hui ?
B.S. : Ce qui me frappe, c’est qu’on se retrouve aujourd’hui comme au début de l’épidémie. Les gens découvrent leur séropositivité avec les premières manifestations de la maladie. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas au niveau politique, au niveau associatif, au niveau société. Ca fait vingt ans que je fais des réunions en disant qu’à 20 h 30, sur toutes les télés françaises, il devrait y avoir un petit dessin animé sur la prévention. Il n’y a toujours rien. Il ne faut toujours pas montrer un sexe et une capote. Ca me met en rogne ! On ne joue pas avec le sida. Ce n’est pas la roulette russe. Donc information et médiatisation.
Il y a aussi une chose qui me met dans une colère noire. C’est que 2005 est l’année Grande Cause nationale du sida. Le premier article sur ce sujet que j’ai vu dans le supplément télé d’un journal de grande diffusion, c’est dans la semaine de fin octobre. Qu’est-ce qu’on a fait depuis le premier janvier ?! Il y a de la lassitude ? Mais on ne peut pas baisser les bras comme ça ! Les 15 ans de Sida Info Service, il faudrait que ce soit une force. Il faudrait que vous retrouviez cette force en vous. Je suis prêt à vous la faire partager. Il faut que vous repartiez en croyant à tout ce qu’il y a à faire d’immense, d’indispensable. Merde, c’est pour les jeunes, et les jeunes c’est demain !
* Bernard Sellier est l’auteur de :
Regards de femmes, portraits d’espoir
Préface de Line Renaud
Editions Michel Lafont, 1997
Prix : 18,30 €
Il y a toujours un oeil ami... – 55 portraits d'espoir
Préface d'André Comte-Sponville
Editions de l'Amandier, 1999
Prix : 15 €
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Entretiens réalisés par Alain Miguet pour Sida Info Service
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