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Questions à Barbara Nkombe, coordinatrice des actions migrants
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Sida Info Service (SIS) : Que recouvre la notion de « migrants » ?
Barbara Nkombe (B. N.): C’est un grand débat car les définitions varient d’un pays à l’autre et d’une structure à l’autre. A Sida Info Service, nous avons choisi de réunir sous ce vocable les populations étrangères ainsi que les personnes désireuses de rappeler leurs origines étrangères, comme les personnes dites de deuxième génération parce qu’elles estiment leur histoire essentielle ou parce que le parcours familial explique leur lien avec le VIH. Sur la fiche remplie par les écoutants à la fin d’un appel, seuls sont répertoriés comme « migrants » ceux qui répondent à ces critères. L’item que nous avons retenu est « origine géo-culturelle ». Il recouvre le pays de naissance, la nationalité ou l’origine des parents.
SIS: Quelles sont les raisons qui ont amené Sida Info Service à s’intéresser aux migrants ?
B. N. : A partir de 1994, les écoutants du numéro vert de Sida Info Service entendaient des personnes migrantes parler de leurs difficultés sociales importantes. Il faut rappeler qu’avant la loi Chevènement de 1998 l’accès aux soins gratuits pour les personnes sans papiers n’existait pas. Les étrangers en situation irrégulière vivaient dans une très grande précarité, en particulier ceux qui étaient contaminés par le virus du sida.
SIS : Que dit exactement la loi Chevènement ?
B. N. : L’article 12 bis 11 de cette loi prévoit la délivrance d’une carte de séjour temporaire avec droit au travail pour l’étranger « résidant habituellement en France dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve qu’il ne puisse effectivement bénéficier d’un traitement dans le pays dont il est originaire ».
SIS : Cette loi, adoptée sous un gouvernement de gauche, est-elle toujours en vigueur ?
B. N. : Elle est toujours en vigueur mais nous constatons un retour en arrière à la suite de circulaires envoyées par le ministère de l’Intérieur aux préfets pour recadrer son application. Des renouvellements de titres de séjour sont refusés à des personnes qui bénéficiaient jusqu’alors de ce droit, par exemple parce que des médecins certifient que ces personnes pourront accéder aux traitements dans leur pays d'origine. De plus, les conditions d'accès à l'Aide médicale d'Etat sont de plus en plus difficiles. Tout ceci participe à la prise en charge tardive de certains migrants.
SIS : Que répondez-vous aux migrants qui appellent sur ce sujet ?
B. N. : Nous orientons les appelants vers les associations de terrain pour qu’ils se fassent accompagner et qu’ils engagent des recours parce que ce sont des dossiers qui se défendent. Il ne faut pas hésiter à faire remonter les cas difficiles. C’est ce que nous avons dit début décembre à une réunion interassociative où le ministère de la Santé était représenté : la loi est là, il faut l’appliquer !
SIS : Existe-t-il un profil type des migrants appelant Sida Info Service ?
B. N. : Ce sont majoritairement des gens originaires d’Afrique subsaharienne, d’Europe et du Maghreb. Les appelants originaires d’Afrique subsaharienne comptent une proportion de personnes ayant appris leur séropositivité au VIH récemment. De surcroît beaucoup de femmes. Les demandes de ces personnes séropositives – si elles concernent dans un premier temps les traitements ou les examens médicaux, évoluent souvent en entretiens de soutien avec des problématiques d’ordre psychologique : faut-il dire ou ne pas dire sa séropositivité à l’entourage, comment négocier le préservatif dans le couple, etc.
SIS : Est-il nécessaire d’avoir une formation spécifique pour répondre aux migrants ?
B. N. : La question ne se pose pas sous cet angle mais sous celui du temps que l’on se donne pour répondre. Dans leur travail, les écoutants vont à la rencontre de l’autre. Peu importe l’origine de l’appelant, peu importe son orientation sexuelle ou son âge. A partir du moment où l’écoutant prend le temps d’explorer la situation de la personne, le contexte de sa vie, il dispose d’un certain nombre de données lui permettant d’apporter une réponse juste. Maintenant, est-ce suffisant ? Devrons-nous continuer à fonctionner sur les bases actuelles, c’est-à-dire une ligne anonyme sans possibilité de rendez-vous avec un écoutant unique, alors que certaines personnes appellent le dispositif à plusieurs reprises ? Ne faudrait-il pas plutôt imaginer un dispositif fonctionnant en français et en langues étrangères et autorisant un suivi sur plusieurs entretiens avec un même écoutant pour les personnes en grande difficulté ? Nous y réfléchissons.
SIS : Quels seraient les autres axes prioritaires ?
B. N. : Sida Info Service, comme l’ensemble des associations engagées dans la lutte contre le sida, est confronté à une même difficulté : faire passer les messages de prévention chez un public migrant comptant une proportion importante de personnes vulnérables pour des raisons sociales et économiques. Pour ces personnes, la prévention n’est pas une priorité car il faut d’abord faire face au quotidien : gagner de l’argent pour manger. Un gros travail est à mener en termes de communication pour atteindre et sensibiliser malgré tout ce public à ces questions-là.
SIS : Depuis quelques années, les internautes peuvent poser des questions à Sida Info Service sur le VIH/sida, les hépatites... L’Internet pourrait-il aider à toucher le public migrant ?
B. N. : C’est justement l’un des prochains aspects que j’aimerais approfondir. Aujourd’hui, beaucoup de migrants utilisent l’Internet pour échanger avec leur pays d’origine : la fréquentation des taxiphones et cybercafés dans certains quartiers comme Château-Rouge à Paris en est la preuve. De plus, la mise en place en décembre 2004 d’une réponse en anglais et en espagnol sur le site Internet de Sida Info Service, et le succès qu’elle remporte depuis sans communication spécifique, me paraît intéressante. Ce serait une possibilité supplémentaire pour les migrants qui maîtrisent l’écrit.
SIS : Existe-t-il des actions de proximité réalisées sur le terrain par Sida Info Service ?
B. N. : Des actions sont menées depuis 2003 avec un certain nombre de partenaires comme des groupes de femmes ou des associations communautaires, culturelles ou d’alphabétisation. Nous organisons des soirées-débat en coanimation avec un conteur autour d’un film pour évoquer les questions de prévention. Autour du 1er décembre, la Journée mondiale contre le sida, nous sommes régulièrement sollicités. Par exemple, cette année, je suis intervenue dans un foyer de travailleurs migrants accueillant majoritairement des hommes africains, puis dans un centre d’accueil pour des demandeurs d’asile. En 2004, j’avais travaillé avec un groupe de femmes. 2005, ce sont les hommes ! Hélas, ces actions restent trop peu nombreuses compte tenu de nos ressources humaines limitées. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas les multiplier, seulement les pérenniser.
SIS : Qu’en est-il du guide migrants que l’on peut télécharger sur le site Internet de Sida Info Service ?
B. N. : Deux éditions sont sorties avec beaucoup de succès en 2000-2001 puis en 2002. Ce guide se présente sous la forme de fiches synthétiques décrivant l’accès aux soins et aux droits des étrangers avec en annexe quelques adresses utiles. Financé par la Cramif*, il était destiné essentiellement aux structures se situant en Ile-de-France. Par la suite, en dépit de multiples demandes, nous n’avons plus eu de subventions pour reconduire le projet. Aujourd’hui, il existe un outil beaucoup plus global et beaucoup plus complet, le guide social du Comede*, qui est diffusé par l’INPES sur tout le territoire français.
*Caisse régionale d'assurance maladie d'Ile-de-France
**Comité médical pour les exilés (www.comede.org)
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Questions à Franck Marcé, coordinateur de Sida Info Service Montpellier
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Sida Info Service (SIS) : Quel est votre parcours à Sida Info Service ?
Franck Marcé (F. M.) : J’ai été recruté en juin 1991 environ six mois après l’ouverture de Sida Info Service. Je suis resté écoutant jusqu’au début de 1992, puis j’ai postulé pour devenir coordinateur de l’équipe de Montpellier. J’avais le sentiment que je ne pourrais pas rester très longtemps écoutant, que ce serait difficile pour moi alors que je souhaitais rester impliqué dans l’action menée par Sida Info Service. Or la fonction de coordinateur comprend des enjeux très intéressants permettant d’aller au-delà de la relation d’écoute au téléphone.
SIS : De quel enjeux parlez-vous ?
F. M. : Des enjeux à la fois humains et relationnels car la fonction de coordinateur est double. D’abord, en interne, il s’agit d’encadrer une équipe. Ma principale mission est de garantir des conditions de travail optimales afin de permettre à des écoutants compétents et efficaces de rester mobilisés dans la durée pour répondre au téléphone. Cela ne se fait pas tout seul en raison de contraintes multiples : le caractère parfois répétitif du travail, la fatigue psychique mais aussi physique avec le travail de nuit, la nécessité de se former en permanence, l’adaptation à de nouvelles thématiques. Ensuite, en externe, le coordinateur effectue un travail de réseau.
SIS : Qu’entendez-vous par travail de réseau ?
F. M. : Ce travail consiste à identifier des partenaires institutionnels, médicaux ou associatifs auprès desquels nous assurons la promotion du numéro vert pour le faire connaître et le diffuser le plus largement possible. Nous sommes particulièrement attentifs aux prescripteurs du numéro car il ne s’agit pas simplement de leur dire que nous existons. Nous leur expliquons nos missions, en quoi les services que nous offrons sont complémentaires de leur propres actions de prévention, d’information, de conseil social ou d’accompagnement psychologique des personnes atteintes. En les rencontrant, nous découvrons aussi ce qu’ils font, comment ils travaillent. Ainsi, quand une personne nous appelle, nous pouvons l’orienter vers le service le plus adapté puisque nous le connaissons en détail. Cette logique de réseau est essentielle pour notre activité d’aide aux personnes.
SIS : Ce travail est-il plus simple à faire aujourd’hui qu’autrefois ?
F. M. : Quand Sida Info Service a démarré il y a quinze ans, personne ne savait qui nous étions. Nos interlocuteurs se posaient de nombreuses questions. Quelle légitimité avions-nous donc pour communiquer des informations sur des sujets relevant plutôt de compétences médicales ? Comment articulerions-nous notre travail avec les autres associations, les DDASS*, les différentes institutions ? Ces interrogations étaient fondées. Quinze ans après, la légitimité de Sida Info Service comme acteur compétent pour informer sur un plan médical, social ou juridique, notre capacité à porter des projets, notre aptitude à nous inscrire dans ces réseaux, tout cela est acquis. Nous n’avons pas besoin d’argumenter longtemps lorsque nous proposons de mener des actions communes ou de nouveaux projets. Aujourd’hui, notre travail est plus simple parce que Sida Info Service est connu et reconnu.
SIS : Vous souvenez-vous d’un temps fort des premières années ?
F. M. : Pour moi l’un des événements les plus marquants reste le Sidaction de 1994, le premier à avoir provoqué une telle mobilisation autour de standards téléphoniques surdimensionnés pour répondre aux questions des téléspectateurs. La population française a compris de manière assez fulgurante que sans des moyens financiers conséquents, la situation dramatique dans laquelle vivaient les personnes atteintes allait perdurer. Cet immense élan de solidarité s’est traduit par un résultat financier inespéré. Ce qui m’a surtout frappé, c’est que dès le lendemain, dans la rue, le ruban rouge était sur toutes les poitrines. Je crois qu’on n’a jamais réussi une telle mobilisation depuis.
SIS : La perception de l’épidémie a radicalement changé aujourd’hui ?
F. M : Nous sommes moins dans l’urgence des premières années, la conscience collective d’une épidémie dramatique n’existe plus. Le 1er décembre dernier, nous avons essayé de montrer au cours d’un débat les différents visages de l’épidémie en parlant des personnes atteintes confrontées à des difficultés médicales lourdes, des gens contaminés récemment, des immigrés d’origine africaine. Une personne d’environ 25 ans a déclaré que pour elle l’épidémie n’avait justement pas de visage. Elle ne connaissait aucune personne atteinte ni dans son entourage proche, ni au-delà. Auparavant, des images médiatiques ont contribué à façonner les représentations de la maladie. Je pense à Cyrille Collard, à Hervé Guibert, à Freddy Mercury, des personnages emblématiques à propos desquels les gens pouvaient dire : « Mince ! Voilà des types beaux et talentueux, fauchés dans la fleur de l’âge… ». Cela participait à une prise de conscience aiguë. Aujourd’hui, cette médiatisation n’existe plus et des études récentes montrent une banalisation de l’épidémie. C’est une réalité dont il faut tenir compte. Nous sommes obligés de lutter contre cette espèce d’inertie induite par la banalisation du sida.
SIS : Qu’est-ce qui a changé radicalement à Sida Info Service au cours de ces 15 ans ?
F. M. : La grande différence entre 1990 et aujourd’hui, c’est que notre action ne se limite plus à la lutte contre le sida. Depuis 1999, nous répondons aux questions sur les hépatites avec la création de la ligne d’écoute Hépatites Info Service. Cette évolution ne s’est pas faite toute seule car elle était culturellement difficile à accepter. Il fallait abandonner la mono-réponse sur le sida, percevoir les enjeux rattachés aux hépatites, prendre conscience d’un vécu de ces pathologies parfois très différent de celui des personnes confrontées au VIH. Il a été nécessaire de comprendre ces mécanismes et de s’adapter à un nouveau public. Si la démarche n’a pas été facile, elle est aujourd’hui bien acceptée par le service car le cœur du métier est identique.
SIS : Quel est votre sentiment sur Droits des Malades Info, une autre ligne créée récemment ?
F. M. : Depuis mars 2004, l’équipe de Montpellier écoute des gens confrontés à des pathologies souvent lourdes, conséquences d’aléas thérapeutiques ou de fautes médicales. Des écoutants qui ne sont ni médecins, ni juristes proposent une véritable écoute à ces personnes. Une des capitalisations très fortes de notre métier d’écoutant depuis 15 ans, c’est justement cette capacité à offrir un espace relationnel pertinent autour de la santé. Notre expérience prouve qu’une réponse médicale ou juridique spécialisée est souvent nécessaire mais pas toujours suffisante. Les gens ont besoin avant tout d’être écoutés, de trouver un interlocuteur capable d’entendre leurs difficultés, de les reconnaître et de leur fournir des pistes pour les surmonter. Le savoir-faire acquis par Sida Info Service avec l’expérience spécifique et singulière de l’écoute téléphonique sida constitue un capital essentiel. L’enjeu pour Sida Info Service est de parvenir à s’adapter en permanence pour pouvoir répondre à de nouveaux besoins dans le champ soit des pathologies chroniques soit d’autres problématiques de santé publique tout en poursuivant sa mission première.
*Direction départementale des affaires sanitaires et sociales
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Questions à Fabrice Clouzeau, coordinateur des actions internationales
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SIS : Qu’est-ce qui a amené Sida Info Service à s’ouvrir aux questions internationales ?
Fabrice Clouzeau (F. C.) : Depuis fin 1998, Sida Info Service coordonnait le réseau européen des lignes d’écoute contre le sida (ENAH). Cette responsabilité nous a permis d’être identifié par les structures européennes et extra-européennes travaillant dans le domaine du VIH comme étant un pôle de référence pour l’écoute. Pour mieux répondre aux sollicitations provenant principalement des pays du Sud, nous avons ouvert ce service.
SIS : Quels sont les axes d’intervention ?
F. C. : Les associations du Sud nous sollicitent sur deux niveaux. Le premier permet de renforcer les structures disposant déjà d’une ligne d’écoute locale, en général animée par des volontaires. Notre action consiste d’une part à former les personnes afin qu’elles deviennent des écoutants professionnels d’une ligne nationale et à expliquer ce que recouvre la coordination d’une ligne. D’autre part, nous collaborons sur un plan technique : élaboration de fiches informatisées, mise en place d’un système d’aide à la réponse, etc. Le second niveau se situe dans un processus de création de ligne parce que telle structure ou telle association notamment communautaire pense que le temps est venu d’offrir une réponse téléphonique sur la prévention, l’orientation, l’éducation thérapeutique, l’accompagnement des personnes atteintes. Ce service vient en général en complément de leurs activités initiales.
SIS : De quelle manière s’effectue la prise de contact entre Sida Info Service et les structures ?
F. C. : Nous n'avons pas de démarche pro-active. Il ne s’agit pas d’aller démarcher les associations du Sud pour leur proposer nos services. Nous attendons que les associations aient identifié Sida Info Service et surtout aient identifié leurs besoins en terme de création ou de renforcement de leur ligne d’écoute. Elles le font seulement après avoir estimé qu’elles avaient les moyens ou qu’elles étaient capables d’utiliser la ligne d’écoute comme une activité connexe ou une activité renforcée de l’association.
SIS : Au Maroc, la ligne Allô… Info Sida est un exemple de ces actions menées par Sida Info Service. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
F. C. : Nos partenaires de l’ALCS* nous ont sollicité pour cette ligne locale de Casablanca animée par des volontaires assez peu formés sur l’écoute. Sida Info Service a trouvé des financements, ce qui est toujours assez long, pour animer des sessions de formation des écoutants et moderniser l’outil technique. Depuis le 1er décembre 2002, environ deux ans après le début du projet, une ligne d’envergure nationale permet à tous les Marocains d’obtenir de l’information sur le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles. Nous sommes également intervenus au Cameroun où une ligne d’écoute sera officiellement lancée le 11 février 2006.
SIS : Ces lignes ont-elles des contacts entre elles ?
F. C. : Les Africains ont une vraie demande d’échange entre pays du Continent parce que le contexte de l’épidémie de sida y est global et parce que leur pratique de l’écoute doit être en lien avec leur réalité. A terme, l’idéal serait qu’Allô… Info Sida devienne un pôle de référence pour le Maghreb, par exemple pour l’Algérie où nous venons d’effectuer une mission, où que la ligne du Cameroun se transforme en centre de formation pour l’Afrique subsaharienne.
SIS : Les actions internationales de Sida Info Service se limitent-elles à l’Afrique ?
F. C. : Nous intervenons aussi au Cambodge où plusieurs missions ont été menées en partenariat avec l’Unicef et le groupement d'intérêt public ESTHER**. A Phnom Penh, nous avons travaillé avec la ligne Inthanou (arc-en-ciel en Khmer) dans un vrai esprit de coopération. La directrice et la coordinatrice de la ligne sont venues en France pendant une quinzaine de jours pour voir comment elles pouvaient développer leur activité en prenant appui sur l’expérience de Sida Info Service. Ce stage a été très formateur car Inthanou a énormément progressé depuis un an. Bien sûr, leur façon de travailler va s’éloigner petit à petit des pratiques de Sida Info Service. C’est normal. Nous ne voulons pas qu’ils calquent un modèle, d’ailleurs ils ne le feraient pas. Ce que nous souhaitons, c’est que, comme pour l’Afrique, Inhanou devienne un centre de référence sur la relation d’aide au téléphone en Asie du Sud-Est.
SIS : Pourquoi souhaitez-vous développer la collaboration entre Sida Info Service et ESTHER ?
F. C. : Si la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le virus du sida est évidemment nécessaire, nous considérons que leur accompagnement psychosocial est tout aussi important. Cet accompagnement les aide à aller de l’avant, leur permet de faire des choix éclairés sur certains aspects de leur vie, et surtout favorise le renforcement de la société civile en leur donnant la parole.
SIS : En janvier 2004, Sida Info Service a rejoint ELSA. Quelles sont les missions de cette plate-forme ?
F. C. : ELSA a été créée par cinq associations de lutte contre le sida en mars 2002 avec le soutien financier du ministère français des Affaires étrangères pour favoriser la coopération entre associations de lutte contre le sida en Afrique et en France et faire connaître les besoins des personnes atteintes par le VIH/sida dans les pays en développement. Une coordination logistique permet d'optimiser l'envoi de médicaments et de matériel et des missions d'appui aux associations africaines sont organisées afin de renforcer et de créer des liens avec de nouveaux partenaires africains.
SIS : Les lignes d’écoute soutenues par Sida Info Service en Afrique ou en Asie se sont-elles emparées de l’outil Internet ?
F. C. : Je pense qu’il est un peu tôt pour que des structures présentes en Afrique ou en Asie ouvrent en même temps une ligne d’écoute et un service de questions-réponses par Internet. Les écoutants doivent d’abord améliorer leur savoir-faire au téléphone, acquérir une vraie assurance pendant les toutes premières années de leur pratique avant de s’impliquer sur d’autres projets. Très souvent, trop d'actions déstabilisent les structures. Il y a aussi la question des coûts. Mais à terme, Internet sera évidemment une activité de renforcement de leur activité.
*Association de lutte contre le sida
**Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière en réseau
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Questions à Hélène Freundlich, coordinatrice des actions femmes
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Sida Info Service (SIS) : Depuis quand Sida Info Service mène-t-il un travail spécifique sur les femmes ?
Hélène Freundlich (H. F.) : Un premier travail de recherche a été mené en 1994-1995 en collaboration avec des professionnels de santé spécialisés dans la prise en charge des femmes enceintes séropositives. Cette première étape a permis de réaliser un dossier pour l’aide à la réponse sur la thématique mère-enfant.
Parallèlement, Sida Info Service recevait de plus en plus d’appels de femmes séropositives, ce qui posait un certain nombre de questions. Ne fallait-il pas, par exemple, créer un dispositif spécifique de réponse ? Plusieurs associations européennes de lutte contre le sida ont participé à une enquête téléphonique auprès des femmes qui les appelaient pour connaître leurs besoins. Les résultats ont été publiés en 1998 dans le cadre du premier colloque « Femmes et VIH en Europe », organisé en partenariat avec Sida Info Service. Il en est ressorti qu’un dispositif spécifique n’était pas réclamé. Les femmes souhaitaient plutôt des réponses adaptées à leurs interrogations bien évidemment différentes de celles des hommes séropositifs.
Sida Info Service a rapidement mis en place des formations pour former les écoutants sur les aspects physiologiques, la gynécologie, la contraception, les traitements anti-VIH et leurs effets indésirables, toutes ces questions qui n’étaient pas prises en compte auparavant.
SIS : En 1998 est né le Réseau méditerranéen à l’écoute des femmes. Pourquoi s’est-il arrêté au bout de quelques années ?
H. F. : Ce réseau regroupait des structures de cinq pays du sud de l’Europe : la France, l’Espagne, plus précisément la Catalogne, l’Italie, la Grèce et le Portugal. Financé par la Commission européenne, il avait pour but d’informer les femmes sur les questions des IST en général et du VIH en particulier et d’aider les femmes séropositives. Des formations, destinées aux écoutants des cinq pays, ont été régulièrement organisées. De 2000 à 2002, Sida Info Service a été le coordinateur de ce réseau. Depuis 2003, faute de financement, il n’existe plus.
SIS : Une inter-associative femmes a permis d’organiser en mars 2004 les premiers États généraux « Femmes et Sida ». Comment est née cette initiative ?
H. F. : L’interassociative femmes a été créée à l’initiative du Mouvement français pour le planning familial (MFPF) qui souhaitait travailler avec des associations impliquées dans la lutte contre le sida. Elle regroupe le MFPF, Sida Info Service, Act up, AIDES et le Kiosque Info Sida. Les États généraux, organisés à Paris, ont permis aux femmes séropositives de prendre la parole pour dire ce qu’elles vivaient et ce qu’elles ressentaient. Des médecins étaient présents dans la salle et non sur l’estrade, où ils se trouvent habituellement. Ils ne sont pas intervenus mais ils ont été très attentifs aux réflexions des femmes sur les traitements, les effets indésirables comme les lipoatrophies ou l’ostéoporose ou encore leur vie sociale et affective bouleversée par la séropositivité. Elles ont posé aussi beaucoup de questions : pourquoi les traitements anti-VIH sont-ils encore si peu adaptés aux femmes ? Pourquoi ne font-elles toujours pas partie des essais thérapeutiques ou si peu ?
SIS : La question de la sexualité d’une femme séropositive a t’elle été abordée ?
H. F. : Sur ce sujet délicat, nous avons demandé aux femmes si elles voulaient être en ateliers mixtes ou non mixtes. Celles qui voulaient que ce soit mixte, surtout des femmes africaines, souhaitaient que les hommes entendent pour une fois ce qu’elles avaient à dire sur le sujet. Celles qui voulaient des ateliers non mixtes disaient que c’était une parole qui ne leur était pas aisée, une parole que, parfois, elles n’avaient encore jamais eue jusque-là. Ça leur paraissait plus simple et plus évident d’en parler d’abord entre elles.
SIS : Une des récentes actions femmes menées par Sida Info Service a été la création du dispositif Contraception IVG Aquitaine. Qu’est-ce qui a conduit à l’ouverture de cette ligne d’écoute ?
H. F. : Contraception IVG Aquitaine, maintenant étendue au Limousin, a été créée à la suite du décret ministériel sollicitant les régions pour mettre en place des permanences téléphoniques répondant sur les questions touchant à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse. En Aquitaine, aucune structure n’étant en mesure d’offrir ce service, la candidature de Sida Info Service a été retenue. Actuellement d’autres régions ne disposent pas d’un dispositif d’écoute sur ce sujet. Elles font appel à des structures hospitalières qui répondent sur un certain nombre d’heures de permanence.
SIS : En fin de compte, estimez-vous que Sida Info Service engage un travail suffisant sur les femmes ?
H. F. : Si la place des femmes avait été mise en retrait à Sida Info Service, il n’y aurait jamais eu de référente-femmes. Que ce ne soit pas forcément simple de travailler sur la thématique femmes dans le contexte historique de l’épidémie, c’est sûr ; mais la question a d’emblée été entendue par Sida Info Service. Sinon ni moi ni mes devancières n’auraient existé !
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Entretiens réalisés par Alain Miguet pour Sida Info Service
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