(…) Je voudrais insister sur la puissance du mouvement associatif né avec la lutte contre le sida et qui s’est développé ensuite dans le domaine des hépatites. Ce mouvement essentiel regroupant les malades trouve aujourd’hui un prolongement tout à fait intéressant à l’étranger, notamment au Cambodge qui me paraît être un exemple. Cette présence et cette force font du mouvement associatif un partenaire indiscutable et indiscuté.
Mais vous m’avez demandé de parler des enjeux et des perspectives épidémiologiques. Je vous parlerai donc des malades actuels puis des nouveaux patients.
Aujourd’hui, la France compte environ 110 000 personnes infectées par le virus du sida. 85 % d’entre eux sont traités et 70 % ont une charge virale indétectable ou supérieure à 200 T4. Cette vision peut paraître assez optimiste. Je pense pour ma part que nous sommes entrés à tord dans une maladie chronique car nous devons faire face à une prise en charge tardive des malades et aux limites de la trithérapie. Aujourd’hui, nous n’arrivons toujours pas à éradiquer le virus et nous savons qu’aucune solution n’émergera dans les dix ans qui viennent.
Prendre une trithérapie sur le long cours est toujours aussi difficile en raison d’effets secondaires parfois sévères comme les lipodystrophies ou les lipoatrophies. Par ailleurs, 30 % des patients sont en échec virologique, dont 7 % en échec sévère.
On continue donc de mourir du sida.
Si, grâce à la vingtaine de molécules aujourd’hui disponibles, les patients vont mieux, on ne peut pas se contenter d’une amélioration. Il faut aller plus loin même si les difficultés pour y parvenir sont énormes. Par exemple, en l’espace d’un mois et demi, trois grandes compagnies pharmaceutiques ont arrêté les essais de phase 2 de nouvelles molécules à cause de problèmes de toxicité...
A présent, quelques mots sur les nouveaux contaminés. Vous savez que six mille personnes environ se contaminent chaque année. Je distingue principalement deux populations. Les hommes homosexuels, souvent jeunes, n’ayant pas connu la pire période de l’épidémie de sida, et les migrants. Sachez que parmi les femmes séropositives en France, 65 % sont migrantes. Dans les années qui viennent, la prise en charge des personnes migrantes va être un problème majeur et je crois que Sida Info Service doit avoir une réflexion sur ce sujet avec l’ensemble des acteurs pour pouvoir apporter des réponses pertinentes.
Sur cette question, et sur bien d’autres, je puis vous assurer que l’ANRS restera ouverte sur le milieu associatif afin d’apporter toute l’aide nécessaire autour et pour les patients.
Professeur Jean-François Delfraissy
*à l’occasion de la conférence-débat « 15 ans de mobilisation et de réponses innovantes en santé publique », organisée pour le quinzième anniversaire de Sida Info Service le 18 novembre 2005 au Sénat.
Propos recueillis par Alain Miguet pour Sida Info Service
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