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Questions à Luc Barruet, fondateur de Solidarité Sida


Sida Info Service (SIS) : Comment jugez-vous la lutte contre le sida aujourd’hui ?

Luc Barruet (L. B.) : Je dis que la lutte contre le sida est en crise. Aujourd’hui, elle doit reconquérir, reconvaincre, rétablir une confiance nouvelle avec plus précisément les publics les plus jeunes parce que ceux-ci n’ont pas connu la période la plus dramatique de l’épidémie. Il faut aussi reconquérir la classe politique parce que force est de constater que les enjeux sida ne sont plus vécus comme une priorité par les pouvoirs publics. Certes, les problèmes ne sont plus les mêmes qu’autrefois. A cause des traitements, certains voient le sida comme une maladie chronique. Donc, tout d’un coup, cette pathologie devrait rentrer dans des services élargis qu’ils soient sociaux ou psychologiques.

En terme de prévention aussi, le pouvoirs publics estiment que la lutte contre le sida n’est plus une priorité. On le voit chaque année avec les budgets qui baissent. C’est pareil pour les questions internationales, là où les enjeux demeurent pourtant le pus fort avec des choses qui sont inacceptables, vraiment injustes.

J’ai un langage peut-être un peu guerrier mais je pense qu’aujourd’hui, sur le terrain du sida, des fois, c’est bien de faire appel à ce type de vocabulaire.

SIS : Pourquoi en est-on arrivé là ?

L. B. : Avec les difficultés successives que le mouvement associatif a connues depuis un certain nombre d’années – notamment avec les difficultés de financement public – certaines structures ne se sont pas posées les questions existentielles de base : d’où je viens ? Qui suis-je ? Pourquoi je fais ce que je fais ? Ainsi, si je dois évoluer, au moins je saurai pourquoi. J’ai le sentiment que la réflexion ne s’est pas faite sur ces analyses-là mais sur le fait que la structure devait continuer à vivre, que ses salariés devaient continuer de manger et gagner leur vie.

SIS : Quel bilan dressez-vous de l’opération Sida Grande Cause nationale 2005 ?

L. B. : Je trouve qu’on n’a pas su gérer cette Grande Cause nationale. D’abord parce que, historiquement, elle a surtout été portée par Jean-Luc Roméro*. Les autres associations ont été en retrait ou n’y croyaient pas. Puis, d’un seul coup, la Grande Cause nationale a été décidée et on a bâti un collectif avec plein de monde autour d’une table pour partir sur ce principe : un mois / un thème. Malheureusement les associations n’étaient pas assez structurées, fortes avec des moyens humains et financiers suffisants pour être capables de bien défendre un thème par mois. Résultat, c’est ce que j’appelle de l’agitation associative. Je me veux provocateur quand je dis ça mais être efficace signifie faire des choix. Et on a montré une fois de plus que nous n’étions pas capables de faire des choix. Il aurait fallu dire : il n’y a pas douze thèmes, il n’y en a que deux. Et sur ces deux-là, on aura avancé au 31 décembre. Force est de constater que nous n’avons pas pu le faire.

SIS : Vos propos sont très noirs. Comment redonner la flamme ?

L. B. : Une fois qu’on a regardé les choses en face, soit on se dit que le sida « Ca me gonfle », et on se lance dans d’autres chantiers, soit ça touche le militant que l’on est – si on l’est encore –, ça provoque la flamme et on retrouve l’énergie pour se lancer de nouveaux défis. C’est ça l’enjeu ! C’est pareil à Solidarité Sida comme chez les autres. Je ne tiens pas de grands discours destinés aux autres. Il y a une usure naturelle bien compréhensible. Moi, je suis militant à Solidarité Sida depuis treize ans. J’ai vécu des périodes de creux à cause de la structure qui change, des mentalités qui évoluent, des attentes nouvelles des personnels. Je n’ai pas choisi de défendre toutes ces choses quand je me suis engagé dans la lutte contre le sida il y a treize ans. Mais il faut changer. Il faut faire des choix, changer de méthode, il faut qu’on se prenne la tête les uns avec les autres pour prendre les décisions que nous n’avons pas été capables de prendre jusqu’à maintenant. Souvent j’utilise la formule : donner envie. Eh bien voilà ! Il faut donner envie et développer des stratégies de séduction pour relancer l’adhésion de tous à la lutte contre le sida.

* Jean-Luc Romero est président-fondateur d’Elus locaux contre le sida (ELCS)

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Sida Info Service

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