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Ligne 6 : la ligne téléphonique d'information et de soutien sur la santé dédiée aux prisonniers

Qui sommes-nous ?

La Ligne 6 est une ligne téléphonique en prison, d'information et de soutien sur la santé. Implantée à l'Etablissement Public de Santé National de Fresnes (hôpital pénitentiaire) depuis février 1997, la Ligne 6 permet aux appelants de s'informer et de prendre le temps de parler de leurs préoccupations de santé, notamment autour du VIH/SIDA et des hépatites.

Ce projet repose sur l'idée que tout individu, incarcéré ou non, doit avoir le même accès à l'information, à la prévention et au soutien en matière de santé.

Le dispositif Ligne 6 a pour objectif de permettre à tout détenu d’avoir accès à l’information, à la prévention et au soutien en matière de santé tel qu’il aurait pu y avoir accès à l’extérieur de la prison.
Dès lors, il propose un espace de parole autour des questions de santé que se posent les personnes détenues. Cet espace de dialogue répond à certaines exigences et se caractérise par :

• son anonymat : l’écoutant ne connaît pas l’identité de l’appelant, même si ce dernier a dû s’inscrire au préalable auprès du personnel de surveillance ;

• son respect de la confidentialité des propos échangés ;

• sa gratuité, le numéro étant composé automatiquement lorsqu’une personne décroche le combiné ;

• son accessibilité à tous les détenus hospitalisés ;

• son extériorité à l’établissement pénitentiaire ;
• son indépendance vis-à-vis de l’établissement pénitentiaire.

Ce moment d’échange avec un écoutant apparaît comme un point d’ancrage dans l’incarcération de l’individu et dans sa prise en charge globale, car il lui permet de prendre la parole et de prendre le temps de s’exprimer sur sa santé ou celle de ses proches.

Il s’agit ainsi de mettre à disposition des personnes incarcérées un lieu d’écoute où chaque appelant, à son rythme, a la possibilité d’exposer sa situation, de poser ses questions, d’exprimer ses sentiments, de formuler ses inquiétudes, de confronter ses impressions, de parler de certaines pathologies, de s’approprier avec l’aide de l’écoutant l’information sur sa maladie ou son traitement, etc. En résumé, d’instaurer un dialogue autour de la santé, de sa santé.
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Paroles d’appelants

"Bonjour...". Il est essoufflé. Il explique qu'il a un problème pulmonaire dû au VIH. Il est sous traitement, c'est la deuxième fois qu'il est hospitalisé à Fresnes. Sinon, il est suivi à l'hôpital de la Pitié Salpetrière. Lundi, il va avoir un traitement de Subutex, il prenait jusqu'à 5 grammes d'héroïne plus de la cocaïne et du L.S.D. Il est incarcéré à Fleury-Mérogis et doit sortir entre juillet et septembre. Il a très peur de la sortie. Il connaît bien le dispositif social et dit qu'il en a marre des foyers d'urgence. Il voudrait une post-cure mais c'est trop long pour avoir une place et il retombe à chaque fois, 16 ans de " came ". Il souffre de solitude et parle de son homosexualité. Il voudrait être avec quelqu'un comme lui, pas seulement pour le sexe mais aussi pour discuter. Il a demandé un visiteur de Aides et attend depuis deux semaines, il n'ose dire à personne qu'il est homosexuel. Il voit qu'il y a des capotes à disposition et cela le questionne, comment font les autres. Il pense que s'il se confie, toute la prison risque de savoir qu'il est homosexuel et que ça va barder pour lui. Il a eu un co-détenu, on l'a fait partir car le " mec " lui piquait son traitement. Il attend beaucoup de ce visiteur, il a besoin de parler de ça et il pense qu'il ne va jamais tenir avec l'angoisse et l'ennui. De plus, il n'y a pas grand chose qui l'attend à l'extérieur. Il a sympathisé avec un infirmier mais c'est pareil, il n'ose pas lui parler de lui, " contrairement à ce que je fais avec vous ". C'est sa solitude qui est le fil de l'entretien. Il parle facilement, demande plusieurs fois si ce sera la même personne, dit qu'il va s'inscrire chaque semaine. Je lui parle de N.A, et des numéros verts, Sida Info Service et Drogues Info Service. Et aussi ASUD, en fait il note. Il est malheureux, il trouve que ça suffit, il en a ras le bol de la galère et là, il a vraiment peur de craquer à cause de la solitude et de ne pouvoir parler, partager.

(Homme, 30-39 ans - Appel de 35 mn)


"Je suis arrivée en urgence hier, je vais mal". Pendant l'appel, elle raccroche deux fois sans faire exprès. Elle se cale comme elle peut, elle ne tient pas debout, a de la fièvre. Elle se sent délirer, pleure, parle par moment de manière inaudible, et passe de descriptions de détails à des montées d'angoisses. Elle pense qu'elle va "crever" avant d'avoir pu régler des choses avec sa mère et son fils qui est placé. Elle était à Fleury-Mérogis, et en fait est arrivée à Fresnes jeudi soir, suite à une jaunisse. Cela faisait un mois que son état empirait et c'est comme ça qu'on a découvert l'hépatite B. La C, elle savait qu'elle l'avait dehors. Par contre, elle a appris qu'elle était séropositive en prison, il semble qu'elle ait fait plusieurs prisons. Elle parle du bus des femmes, de minijupes, qu'elle a toujours "fait gaffe avec les seringues". Son compagnon a été expulsé il y a deux ans en Algérie, elle veut se pendre. Elle veut aussi savoir si elle a des chances de s'en sortir, combien de temps va durer son hospitalisation, le fait qu'à Fleury-Mérogis on lui ait dit de prendre toutes ses affaires, c'est tombé comme l'annonce qu'elle était en train de mourir et qu'on ne veut pas lui dire. Elle supporte mal d'être là, elle ne comprend pas pourquoi elle n'est pas en urgence pour le soutien, elle n'a pas de télé. Elle se demande pourquoi l'assistante sociale ne vient pas pour l'aider à régler vite les choses pour son fils avant qu'elle meure. Elle n'écrit pas à sa mère car elle a honte, elle se demande si elle doit lui faire savoir qu'elle est malade, elle voudrait que sa mère prenne son fils. Elle se gratte partout, se cogne la tête contre les murs "comme d'habitude", ne tient pas en place, "je ne me supporte plus". Elle voudrait mourir en ayant "la conscience tranquille, je m'en veux, j'ai pris tellement de came, au lieu de m'occuper de mon fils". Elle parle aussi d'une super amie et d'histoires à Fleury-Mérogis avec une autre fille, de trucs qu'on lui a piqué, de bouffe, elle n'a presque plus de dents. Malgré la gravité de situation, nous parlons un peu, mais elle voudrait tellement connaître la gravité de son état. Et puis "demain c'est dimanche, c'est pire". On parle des infirmières, elle en a repéré une qu'elle aime bien, il faut tenir jusqu'à lundi, et elle a laissé ses packs de lait à Fleury-Mérogis, ici, elle n'en a pas, en tout cas pas encore. "Je voudrais ma maman". Il fallut arrêter, car il était plus de 6 heures (ndlr : heure de fin de permanence), elle trouvait dégueulasse qu'on ne l'ait pas fait passer en premier. En fait, elle était épuisée, " cet appel était vital pour moi, je peux savoir ton nom ". Contrairement à elle, je trouve bien de l'avoir eu en fin d'après midi, elle semblait quand même mieux à la fin de l'appel, pour affronter la nuit, et tellement épuisée émotionnellement, qu'elle allait peut être dormir.

(Femme, 20-29 ans - Appel de 45 mn)

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rapports d’activité

Les appels du dispositif Ligne 6 en 2002
Poster de présentation du dispositif (français)
Poster de présentation du dispositif (anglais)
Le rapport d’activités 2001 de la Ligne 6

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