https://www.sida-info-service.org
faire un don
QUESTIONS FRÉQUENTES
AGIR APRÈS UN RISQUE

TVA réduite : acheterez-vous Autotest VIH ?
  •  
  •  
  •  

A visiter

Appelez-nous

Service

Forum

Multimédia

Pratique

Jeune, jolie et amours tarifées

30/09/2013
Version imprimable de cet article Diminuer la police Augmenter la police

Quand un film, un livre, une pièce de théâtre... parle de prévention, de prise de risque, de sexualité(s), de milieu carcéral, autant de thèmes sur lesquels Sida Info Service travaille, nous avons souvent envie de réagir. La rubrique "SIS Culture" est là pour vous faire partager notre perception d’une œuvre.

Aujourd’hui, Jeune et jolie, un film de François Ozon, en salle depuis le 21/08/2013

***

Passé quasi inaperçu en mai au festival de Cannes, le dernier film de François Ozon, au titre évocateur de presse magazine pour adolescente en fleur, a finalement fait sortir de leur torpeur les vacanciers cinéphiles, en cette fin d’été 2013 cinématographiquement un peu morne.

Plus de cinq semaines après sa sortie, son pourtant très attendu sillage sulfureux fait encore couler pas mal d’encre. Car, sur le papier, tout y est pour bousculer le chaland : une famille bourgeoise bon teint élève, en son sein, le démon du sexe tarifé. C’est en effet la fille ainée, qui devient à 17 ans une call-girl indépendante et convoitée, sans honte ni scrupule. Et la révélation au grand jour de cette double-vie remettra les pendules à l’heure pour chacun (mère, beau-père, petit frère).

Avec son visage d’adolescente qu’accentuent deux grands yeux clairs et une presque moue amusée, Marina Vacth étonne autant qu’elle séduit en femme fatale en talons hauts et bas couture. Son personnage (Isabelle) invente son pouvoir de captation au fur-et-à-mesure qu’elle le découvre, avec autant de gourmandise que de curiosité. Pas de dégoût, pas de gène, mais, pour autant, ni abandon, ni passivité non plus dans ces amours tarifées qui font l’horreur d’une mère dépassée, et l’incrédulité d’un beau-père qui aurait pu, dans une autre vie – qui sait ? – , être un de ses clients. Isabelle fait son entrée dans la sexualité par la porte à tambour du dépucelage d’été, quasi formalité presqu’expédiée avec le copain couvé d’un regard indulgent par maman et beau-papa. Elle fera, dés la rentrée scolaire, des choix personnels plus audacieux, auprès d’amants certes beaucoup plus âgés, mais avec belles prestances et comptes en banque bien remplis. Besoin d’argent ? Goût de l’aventure ? Fébrilité face à l’inconnu ?

L’incertitude plane sur les pulsions et les motivations de la jeune femme qui garde pour elle un mystère déjà adulte (c’est qu’il s’agit tout de même de prestations sexuelles et d’argent), mais aussi, comme en attestent les scènes de complicité avec son plus jeune frère, un pied encore ancré dans l’enfance. Il faudra donc, au spectateur comme à l’entourage de la jeune femme, accepter l’opacité et le non-dit, même si des éléments semblent, parfois, donner quelques clefs : l’attrait de l’interdit (la marchandisation du corps, l’inter génération sexuelle), l’ivresse du pouvoir (celui du sexe, celui de l’argent), le vertige de la volupté (de la transgression, du secret, de la connaissance) sont des pistes qui nous rapprochent d’une Isabelle souvent fuyante.

Car c’est bien le propre de l’adolescence que de vouloir fuir sans cesse son propre état, pour se projeter dans l’image de l’adulte qu’on sera ou qu’on rêvera d’être, et pour cela toucher du doigt les frontières, se frotter aux risques en pensant les mesurer, se mettre en danger.

Ce sont quatre chansons – et pas les plus connues – de la très (trop ?) sage Françoise Hardy qui accompagnent le spectateur, et découpent le film en chapitres. Elles lui offrent son contrepoint émotionnel : avec son timbre à la fois amusé et mélancolique, la chanteuse semble exprimer les désarrois comme les choix de l’héroïne de François Ozon, si singulière dans son parcours, tellement universelle dans ses pas.

Malgré une imagerie un peu lisse, à la limite du convenu jusque dans ses effarouchements, on appréciera un propos dépourvu de jugement, comme débarrassé du « prêt-à-penser » social environnant. Et surtout un regard qui n’est fait ni de détresse, ni d’apitoiement, porté sur ce territoire, déjà bien balisé, de l’adolescence à l’heure de l’éveil des sens.

Thierry Robillard pour Sida Info Service

 
Partager cet article envoyer l'article par mail Partager sur facebook