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L’histoire d’un cow-boy séropo

10/02/2014
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Quand un film, un livre, une pièce de théâtre parle de prévention, de prise de risque, de sexualité(s), de milieu carcéral, autant de thèmes sur lesquels Sida Info Service travaille, nous avons souvent envie de réagir. La rubrique "SIS Culture" est là pour vous faire partager notre perception d’une œuvre.

Aujourd’hui, Dallas Buyers Club réalisé par Jean-Marc Vallée

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C’est un genre cinématographique, jamais vraiment tombé en désuétude, qui montre, avec Dallas Buyers Club, qu’il a encore de beaux jours devant lui : le film édifiant. Cependant, l’ancrage de celui-ci - le sida, 5 à 6 ans après ses grands débuts, et avant la mise en place de tout traitement - et son prisme - la contamination d’un cow-boy hétéro-macho du Texas profond - nous invitent à y porter une attention malgré tout soutenue.

C’est en 1985 que meurt du sida l’acteur américain Rock Hudson, « pour avoir négligé toutes ces petites chattes d’Hollywood et préférer sucer ses copains ». C’est en tout cas ce que pense Ron Woodroof (Matthew Mc Conaughey), juste avant de perdre connaissance chez lui, et de se réveiller, à l’hôpital, face à un médecin lui annonçant, dans le même élan, sa contamination au VIH, son immunité dégradée à seulement 9 lymphocytes T4, et une espérance de vie de 30 jours.

A l’époque, rien n’est proposé aux malades en termes de traitement. Seul un médicament déjà utilisé contre le cancer - l’AZT - est en cours d’essai en double-aveugle chez certains patients, pour la plupart gays ou toxicomanes. Avec son féroce appétit de vie, Ron voudra tout de suite le médicament dont pourtant déjà on soupçonne qu’il ne fait pas de miracle. Il le veut à tout prix, au risque de l’illégalité, des trafics, ou d’une médication sans aucune surveillance médicale. Rattrapé par la loi, il ira voir ailleurs, au Mexique, s’il n’y a pas plus facile, plus efficace, moins dangereux à tous points de vue, et trouvera un médecin parallèle qui fournira d’autres molécules, moins délétères, moins toxiques que cet AZT qui semble échanger une mort contre une autre.

Comme Ron n’est pas seul, tant s’en faut, avec cette demande, il achètera pour lui et pour d’autres ; fondera un club d’acheteurs, celui de Dallas (quelques autres sont déjà créés), mais surtout s’ouvrira au monde, tout d’abord par une quête personnelle, puis par une sorte de solidarité forcée, presque à son corps défendant, avant qu’elle ne gagne son cœur et sa raison.

Pour que cette (r)évolution puisse s’opérer, le cheminement de Ron sera jalonné de quelques rencontres (l’infectiologue compatissante - Jennifer Garner -, l’homo travesti toxico, Jared Letho) qui le feront, forcément, bouger de ses certitudes (misogynes, homophobes), et réaliser à quel point tout ça est bien dérisoire comparé à cette saloperie de virus.

C’est notamment sur ces attendus lacrymaux, mais peut-être sur ses attendus tout court, que le film pêche : il pose ses ingrédients, et se contente de les ajouter les uns aux autres pour former le récit qui se déploie sous nos yeux. Morceaux de bravoure inclus, puisqu’on est à la fête du contre-emploi avec les oscarisables Matthew Mac Conaughey en bouseux texan certifié décharné (-35 kg pour le rôle), et Jared Letho (l’un des beaux gosses d’Hollywood) en fausse lady junky qui ne s’en laisse pas conter. Ecrasés par ces figures hautes en couleurs (portées par deux comédiens hors pair), les autres personnages font ce qu’ils peuvent pour habiter un espace que le metteur en scène tend à leur disputer.

On saura tout de même gré au réalisateur de nous remettre en mémoire ces temps pas si lointains où les malades du sida jouaient, à leur insu, les cobayes pour une industrie pharmaceutique toute puissante. Et de nous rappeler, encore et toujours, la place de l’argent dans notre rapport à la maladie : c’est parce qu’il en a, un temps, les moyens que Ron accède, avant d’autres, à l’AZT ; c’est, encore, par l’argent qu’il fonde son Buyers Club ; et c’est moins par philanthropie que par sens des affaires qu’il fournit en compléments pharmaceutiques ceux qui, comme lui, sont touchés par le virus… et qui peuvent s’acquitter des 400 dollars d’abonnement mensuel.

Film-dossier, film hommage ou film à prouesses, Dallas Buyers Club est donc comme son héro : ni paré de toutes les vertus, ni affublé de toutes les tares, on n’est pas mécontent de l’avoir connu, même si ça n’en fait pas un incontournable.

Thierry Robillard pour Sida Info Service

Dallas Buyers Club réalisé par Jean-Marc Vallée, avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto... Sorti le 29 janvier 2014

Crédit photo : © Tous Droits Réservés

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Info plus  : Dallas Buyers Club a été primé plusieurs fois lors de la 86ème cérémonie des Oscars à Hollywood. Matthew McConaughey a notamment remporté l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle d’un malade du sida en guerre contre les autorités sanitaires américaines et Jared Leto a obtenu la statuette du meilleur acteur dans un second rôle. Dallas Buyers Club a également remporté un Oscar pour ses maquillages et ses coiffures. (03/03/2014)

 
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