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Marrakech se préoccupe des HSH

2/12/2013
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A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, coup de projecteur sur le centre de santé sexuelle pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, lancé en 2010 par l’ALCS Marrakech. Alim El Gaddari, de SIS International, explique en quoi ce nouveau concept devrait permettre de réduire la vulnérabilité des HSH au Maroc.

Dimanche 1er décembre, tôt dans la matinée, les salariés de l’Association de Lutte Contre le Sida Marrakech (ALCS) se sont donné rendez vous sur l’une des plus grandes places de la ville : la place du 16 novembre. Tous étaient mobilisés pour des activités de prévention et d’information sur la lutte contre le VIH/sida et les IST. Ils étaient soutenus par plusieurs dizaines de volontaires de l’ALCS, du Croissant rouge marocain ou encore de l’association des infirmiers du CHU Mohamed VI de Marrakech.

Les festivités ont démarré par une marche sur les deux avenues principales de Marrakech. Le mot d’ordre scandé par les participants était « Non à la sérophobie, nous sommes tous séropositifs ».

Une fois la marche terminée, les activistes ont renseigné les passants sur le VIH mais également les IST et les hépatites. Un CIDAG (Centre d’Information et de Dépistage Anonyme et Gratuit) a permis d’accueillir de nombreuses personnes venues se faire dépister et faire le point sur leur santé sexuelle.

Ce type d’action permet de sensibiliser la population, notamment les groupes les plus exposés au VIH. Bien que les chiffres de contamination baissent un peu partout dans le monde (même en Afrique), ils continuent d’augmenter au Maroc ainsi que dans les pays arabes.

Le VIH, un tabou socioculturel

Au Maroc, l’homosexualité est considérée comme un délit, passible d’une peine d’emprisonnement et d’une amende. L’infection à VIH est aussi un tabou socioculturel. L’épidémie se concentre parmi les populations les plus à risques, notamment les HSH. A Agadir, la prévalence VIH est de 5, 6 % et de 2, 8 % à Marrakech.

Pour faire face à ce double défi, l’ALCS a mis en place en octobre 2010 une expérience pilote à Marrakech. Il s’agit d’un centre de santé sexuelle dédié à la prise en charge des HSH. Grâce à ce centre, la section Marrakech de l’ALCS se démarque des autres ONG marocaines en proposant une prise en charge spécifique des HSH.

Depuis 2012, le centre, appelé aussi « Al Borj », fonctionne grâce à un financement important de la Mairie de Paris. C’est un véritable espace d’écoute, de soins et de tolérance comme il n’existe nulle part ailleurs au Maghreb.

Avec ce centre pour la santé sexuelle, l’ALCS Marrakech n’a pas pour but de défendre les droits des populations HSH. L’association agit essentiellement pour préserver leur santé sexuelle. Ce qui l’expose parfois à de vives critiques émanant de mouvements traditionnalistes.

En ce qui concerne les bénéficiaires HSH, l’ALCS Marrakech et son centre « Al Borj » représentent des repères essentiels. Le fait de se regrouper suscite un effet de réassurance. Il compense le rejet social. Le partage des expériences permet de sortir de l’isolement et de développer des relations interpersonnelles.

Les modes d’intervention

Tout d’abord, la notion de « suivi des patients » a été introduite grâce à un dossier codifié pour renforcer le caractère anonyme.

Une équipe pluridisciplinaire a été constituée (1 agent d’accueil, 1 médecin, 1 psychologue, 2 conseillers, 2 médiateurs thérapeutiques et bientôt 1 juriste) et formée à la prise en charge spécifique des HSH (notamment par des intervenants du centre de santé sexuel parisien Le 190.

De nombreux services sont proposés : tests syphilis, consultation dermatologique et proctologique, soutien psychologique, médiation thérapeutique, orientation vers des praticiens bienveillants (du secteur privé) sur d’autres services non couverts par « Al Borj ».

Un plan d’accompagnement est toujours défini en concertation avec les patients. Pour les plus démunis, une caisse de solidarité permet de les aider (soins, vêtements, couvertures, logement de dépannage).

Résultats

Entre octobre 2010 et octobre 2013, ce sont 263 bénéficiaires qui ont accepté la constitution d’un dossier :

- 87 % ont fait un test VIH ;

- 78 % ont fait un test syphilis ;

- 71 % reviennent ultérieurement, généralement pour un autre dépistage VIH/syphilis. Et 38 % d’entre eux, reviennent pour des consultations liées à des lésions anales et pour un suivi des IST ;

- 10 % des usagers ont eu des séances de soutien avec le psychologue ;

- 77 % ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé sur les prises de risque liées à la sexualité et/ou à l’usage de substances et sur les difficultés liées à la prévention ;

- 10 % vivent avec le VIH et sont suivis par un médiateur thérapeutique.

Une fiche informatisée est en cours d’élaboration afin de faciliter le recueil et l’analyse des données du centre (inspiré du questionnaire rempli par les bénéficiaires). Cette fiche d’appel dont le cahier des charges a été élaboré par SIS Observatoire devrait permettre à l’ALCS d’avoir des indicateurs importants sur la santé sexuelle des HSH au Maroc.

Malgré un contexte environnemental défavorable, ce programme pilote de l’ALCS Marrakech est un succès. Il continue d’attirer de nouveaux bénéficiaires et montre qu’il est possible de dupliquer cette expérience pilote dans d’autres villes du royaume.

Le suivi des HSH par une prise en charge globale en santé sexuelle constitue une véritable porte d’entrée à la prévention. Cela devrait permettre à l’ALCS d’espérer un changement de comportement si leurs patients s’impliquent davantage dans le suivi de leur santé.

Alim El Gaddari

SIS International

La apporte un financement de 40 000 euros à ce projet de centre de santé sexuelle à Marrakech (période 2012-2013).

- Le site de l’ALCS Maroc

 
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