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Nymphomaniac – Volume 1

14/01/2014
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Quand un film, un livre, une pièce de théâtre parle de prévention, de prise de risque, de sexualité(s), de milieu carcéral, autant de thèmes sur lesquels Sida Info Service travaille, nous avons souvent envie de réagir. La rubrique "SIS Culture" est là pour vous faire partager notre perception d’une œuvre.

Aujourd’hui, Nymphomaniac – Volume 1 de Lars Von Trier

***

L’a-t-elle jamais eu ? En tous cas, en ce jour un peu gris et terne, quelque part au nord de l’Europe, Joe l’affranchie n’a plus vraiment le sexe joyeux.

Héroïne du dernier film de Lars Von Trier, Nymphomaniac, elle apparaît sous les traits de Charlotte Gainsbourg en jeune femme physiquement esquintée, recueillie inconsciente sur le trottoir par un Stellan Skarsgard tout de bienveillance et de bonhommie. C’est à lui qu’elle confiera, une heure et demie durant, sur un ton où se décèle autant de défi que de résignation, son parcours dans une sexualité à la fois frénétique et insatiable.

Histoire en deux parties (la seconde est en salle à la fin du mois de janvier) et huit chapitres (les cinq premiers cette fois-ci, les trois derniers la prochaine), racontée par sa principale protagoniste, déterminée et grave, et commentée avec une curiosité amusée par son samaritain de passage, Nymphomaniac ne cherche pas plus le consensus que les précédents films de l’auteur (le terrifiant Antichrist et le funèbre Melancholia en sont les derniers exemples).

S’il semble dresser le constat que la quête du plaisir ne mène pas nécessairement au bonheur, il indique aussi, par un recours constant à la distorsion et aux contrastes que cette idée, largement répandue, de « l’amour physique sans issue » (pour paraphraser Gainsbourg) est avant tout une affaire de point de vue : si Joe trimballe avec elle son poids de culpabilité et d’amertume, c’est avant tout parce qu’elle constitue son propre tribunal, et que son jugement sans appel est d’une sévérité absolue.

« Je suis une personne mauvaise » affirme-t-elle à son confident d’un soir, comme pour le retenir de toute velléité compassionnelle. Cependant, à l’image, bien peu pour étayer cette « mauvaiseté », mais plutôt un parcours initiatique comme il y en a beaucoup, fait de curiosité complice avec une meilleure amie délurée, de compétition moqueuse (cf. le « concours » de partenaires lors du trajet en train), et de défis lancés à la face du monde comme à soi-même. Joe n’impose rien, ne calcule pas, elle n’est ni manipulatrice, ni perverse, et son irruption dans l’extra-conjugalité est surtout le fruit de l’inconséquence et du choix d’amants dont la situation matrimoniale ne la concerne, après tout, en rien (comme le montre le chapitre hilarant « Mrs H », où Uma Thurman, bafouée, débarque chez mari et maîtresse avec ses deux enfants afin de leur montrer le « horing bed », le « lit putassier »). Cela, c’est ce que nous donne à voir le cinéaste, mais ce ne semble pas être le regard que porte la Joe d’aujourd’hui, celle de la maturité insatisfaite.

Plus nous cheminons dans ce premier opus, plus se fait jour en nous la confirmation que le malheur que Joe se construit est en grande partie névrotique : car le plaisir de la honte, comme la honte du plaisir, sont les deux faces d’une seule et même pièce. Et chacun des deux éléments paraît dés lors potentialiser l’autre, le « surdimensionner » par apposition ou par frottement.

C’est que le sexe, dans ses acceptions factuelle et sensorielle, se moque bien du regard qu’on porte sur lui ; et de la même façon, scrupules et remords sont matières à réflexion, croyance ou convictions personnelles, sans qu’on puisse toujours les partager pour s’en soulager, ou alléger le poids de leur fardeau. Le film nous le rappelle, dans un éclat de rire (rappelons qu’on y rit beaucoup) : la mauvaise conscience aussi est une affaire intime, le moyen parfois retord de se faire payer à soi-même une dette qu’on ne se soupçonnait pas de l’avoir contracté.

Thierry Robillard pour Sida Info Service

Nymphomaniac – Volume 1, de Lars Von Trier. Actuellement dans les salles

 
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