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« Sur la visibilité des séropos, j’avais envie de mettre les pieds dans le plat. »

Kévin Gagneul (Mon Truc en +)
24/08/2015
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Kevin Gagneul est décédé à 32 ans, le 21 août 2015, des suites d’un cancer lié au VIH. Alain Miguet l’avait interviewé pour son engagement dans la lutte contre le sida, parce que sa parole était une réflexion sur l’épidémie et une incitation à agir.

Kévin Gagneul, rédacteur du blog Mon truc en + sur Yagg.com - Interview publiée le 25 janvier 2010

***

SIS : Quel est votre parcours, en quelques mots ?

Kévin Gagneul (KG) : J’ai quitté mon métier de policier à cause de ma séropositivité, la hiérarchie m’ayant fait très clairement comprendre que ma carrière n’allait pas pouvoir être évolutive. Je me prépare à devenir le mois prochain collaborateur d’un élu local à Paris. Dans mon expérience associative, j’ai été administrateur du MAG, le Mouvement d’Affirmation des Jeunes Gais, Lesbiennes, Bi et Trans et du CGL Paris à l’époque où il était encore rue Keller. Lorsque j’étais policier, j’ai été membre du conseil d’administration de FLAG !, l’association des policiers gays et lesbiens, en charge de la prévention.

SIS : Comment le Blog Mon Truc en + est-il né ?

KG : L’idée est venue de moi car je suis très attaché à la question de la visibilité des séropos. Elevé par une mère syndicaliste, j’ai connu depuis tout petit les manifestations et le militantisme. J’avais envie de mettre les pieds dans le plat. Via Facebook, j’ai contacté Yagg, le média gay et lesbien, et je leur ai proposé d’ouvrir un blog sur le VIH et la vie d’un jeune séropositif en France. C’es ainsi que Mon Truc en + est né. Tout s’est fait en une semaine.

SIS : A aucun moment, vous n’avez hésité à parler à visage découvert et à signer de votre nom ?

KG : Pour dédramatiser le VIH et faire en sorte de lutter contre les discriminations liées à la sérophobie, les séropos doivent se montrer à visage découvert. Ce n’est pas en avançant caché que les choses avanceront. A un moment donné il faut savoir se montrer et montrer aux autres ce que c’est qu’être séropositif.

SIS : Avec quelques jours de recul, vous n’avez pas le sentiment de vous être trop livré, d’en avoir trop dévoilé sur vous ?

KG : Je me suis posé la question par rapport à ma mère et mon copain. Parler d’eux, c’est plus que livrer son jardin secret, c’est parler de l’intime. Or j’ai eu leur soutien immédiat. S’ils avaient dit non, je ne me serais pas engagé dans une telle démarche. Je suis militant mais je respecte mon entourage.

SIS : Quelles ont été les réactions à votre Post ?

KG : Pour l’instant, les retours ont été favorables. Ma mère a été très émue. Des amis à elles ont publié des commentaires en parlant d’un bel hommage qui lui était rendu. Ce n’était pas le but mais j’en suis heureux. Vous savez, le soutien est très important pour un séropositif. Or on parle peu de leur entourage. Quand vous quittez le médecin qui vous a appris votre séropositivité, vous vous retrouvez tout seul. Se pose alors la question d’en parler ou de ne rien dire. En parler à sa famille, ses ami(e)s, son compagnon... S’il n’y a pas le soutien des autres, le chemin sera difficile pour accepter sa maladie. Je fais une différence entre accepter et assumer. Accepter c’est pour soi-même, assumer c’est vis-à-vis des autres. Accepter sa maladie permet de préparer le terrain à un suivi médical correct et à une prise de traitement efficace. Pour accepter il faut un soutien. Plusieurs de mes copains n’ont rien dit à leurs parents. On est vraiment dans le parallèle avec l’homosexualité.

SIS : Comment expliquez-vous qu’en 2010, si peu de séropos acceptent de parler à visage découvert ?

KG : Sur le plan médical, on est en 2010 ; sur la vision sociale de la maladie, on est encore dans les années 1980. Parmi tous les facteurs en mesure de l’expliquer, je pense que les campagnes de prévention ont souvent été très alarmistes en maintenant une vision noire de l’épidémie aussi bien vis-à-vis des séronégatifs que des séropositifs. On leur a fait croire que le sida était toujours une maladie mortelle. Même s’il ne s’agit pas de minimiser la maladie, force est de reconnaître qu’un tournant s’est opéré après 1996. A l’hôpital, mon médecin a été très clair en me disant : « Monsieur Gagneul, vous allez profiter de votre retraite. » Gardons l’idée d’une maladie sexuellement transmissible, dotée de complications très particulières dans la vie quotidienne et évidemment sur le plan médical, mais cessons de faire croire que les séropos tombent comme des mouches.

SIS : Avoir publié ce Post sur un Blog d’une plate-forme communautaire, en l’occurrence homosexuelle, ne risque-t-il pas de limiter l’universalité de votre message ?

KG : Quand j’ai écrit ce Post, j’au voulu le rendre suffisamment universel tout en conservant ma spécificité, c’est-à-dire jeune pédé séropo. Dans les premières lignes où j’aborde la question de ma contamination, je ne suis pas rentré dans les détails car cette histoire m’appartient.

SIS : Quelle va être le rythme des Posts ?

KG : Je vais essayer d’en publier deux trois par mois en essayant d’apporter des clefs aux séronégatifs. Dans le deuxième Post publié hier (20 janvier 2010 – NDLR), je rappelle que quand j’étais séronégatif j’ai eu des rapports sexuels sans risque avec des séropos grâce au préservatif. Je veux aussi donner des clefs aux séropositifs en partageant mon expérience : comment gérer un traitement et ses effets indésirables, par exemple.

Propos recueillis par Alain Miguet pour Sida Info Service

Lire sur Yagg le Blog de Kévin Gagneul, Mon Truc en +

 
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