PrEP : où sont les femmes ?

un café avec un croissant

3 % de l’ensemble des personnes sous PrEP sont des femmes. 3 % contre 97 % d’hommes. Un écart statistique qui a conduit SIS Association à organiser lundi 20 juin 2022 une édition des Petits Déjeuners de l’écoute sur ce sujet.

Radia Djebbar, coordinatrice médicale à SIS Association, a rappelé que les femmes aussi sont exposées à des risques, et pas seulement les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH), alors qu’ils restent la cible essentielle des études et des communications sur la PrEP depuis des années. « En France, 1/3 des nouvelles contaminations annuelles sont des femmes. Pourtant entre 2020 et 2021, sur les dispositifs téléphoniques et Internet de SIS Association, seuls 71 femmes se sont déclarées sous PrEP contre 4808 hommes ».

Lorsque ces 71 femmes âgées de 17 à 68 ans ont sollicité nos dispositifs, elles ont expliqué les diverses situations qui les ont conduites à prendre la PrEP. Certaines ont des rapports sexuels rémunérés ; d’autres tournent dans des films porno ; d’autres encore ont des partenaires VIH+. Pour elles, la motivation à prendre la PrEP s’est jouée dans la possibilité de trouver un outil les rendant autonomes dans leur protection contre le VIH. Cependant même étant parfois sous PrEP depuis plusieurs semaines, il semble qu’elles soient bien moins renseignées que les hommes. Leurs questions en témoignent : « A quoi sert la PrEP ? Quelle est sa fiabilité ?... » Si une vraie promotion de cette alternative au préservatif pour le VIH auprès des femmes était menée, peut-être que les femmes même sous PrEP ne douteraient pas, ne s’interrogeraient pas autant tandis que d’autres pourraient utilement en bénéficier.

Le docteur Valérie-Anne Letembet qui intervient à l’hôpital André Grégoire de Montreuil (93) a regretté pour sa part le schéma de prise en continu très strict de la PrEP pour les femmes. Contrairement aux hommes, la prise à la demande n’est pas possible. Si des pistes d’amélioration de la prise de PrEP sont à l’étude (PrEP injectable mais aussi PrEP en combinaison avec un contraceptif sous forme d’implant), on n’en est pas encore là. Il va encore falloir être patient.

Le docteur Letembet pointe du doigt un autre facteur de difficultés pour promouvoir largement la PrEP auprès des femmes. Il s’agit du statut parfois très précaire de beaucoup d’entre elles. « Avant de penser à leur santé, dans la hiérarchisation des priorités de l’existence, il y a d’abord la nécessité de se nourrir et de se loger ». Enfin, fait toujours dérangeant, le milieu médical peut lui aussi constituer un frein à la diffusion de la PrEP chez les femmes. Peu de médecins généralistes sont au fait de l’existence de la PrEP et quand ils en connaissent le nom, peu d’entre eux sont en mesure d’en faire la promotion et d’en expliquer l’intérêt. Pourtant, assène le docteur Letembet, « il existe FORMAPREP, un outil de formation gratuit bien utile pour s’informer sur la PrEP ». En se formant grâce à cet outil et en n’hésitant pas à aller vers les populations cibles, même si ça demande du temps et de l’investissement, il est possible d’informer et de convaincre les femmes de se saisir de la PrEP. Pour le docteur Letembet, « il ne faut pas hésiter à proposer et informer sur la PrEP : ça marche ! ».

Elise Godec, chargée de mission santé au Bus des Femmes a ensuite pris la parole dans le cadre de ces Petits Déjeuners de l’écoute. L’association fait de la prévention en direction des personnes prostituées. Concernant la PrEP, les travailleuses du sexe ont fait remonter plusieurs freins à son adoption :

  • Difficulté à prendre un médicament alors qu’elles ne sont pas malades,
  • Stigmatisation du travail du sexe,
  • Difficulté à prendre le comprimé,
  • Difficultés à prendre un traitement alors qu’on est hébergée chez quelqu’un
  • Difficulté de compréhension pour l’observance du traitement.

Pour lever ces freins, Elise Godec préconise une communication ciblée afin d’améliorer la connaissance de la PrEP et surtout des actions d’aller vers pour amener les personnes dans le soin, des actions à répéter dans le temps sans modération.

A l’issue de ces trois interventions, un échange a eu lieu avec le public. Interventions et débat sont à retrouver sur la chaîne Youtube de Sida Info Service :

Alain Miguet