Traitements VIH : plus de 30 ans de lutte

Juin 1981 marque le début de l’épidémie mondiale de VIH/sida avec les premiers cas décrits aux Etats-Unis. Il s’agit de jeunes hommes homosexuels qui souffrent de pneumonie Pneumocystis carinii (PPC) et de sarkome de Kaposi, des pathologies rares dans cette tranche d’âge. Les médias parlent de « cancer gay », de « peste rose ». Très vite, d’autres cas sont signalés chez des utilisateurs de drogues injectables plus particulièrement les héroïnomanes ainsi que chez des Haïtiens et des hémophiles. Homosexuels, Héroïnomanes, Haïtiens, Hémophiles, la formule des 4 H émerge ajoutant de la stigmatisation à la souffrance des personnes contaminées par le virus.

Au fil des ans, l’épidémie se mondialise et prouve qu’elle peut toucher tout un chacun. Personne n’est à l’abri. A différents niveaux la lutte s’organise. Des associations de personnes concernées se créent, les Etats prennent conscience de l’importance du phénomène et engagent plus ou moins bien, plus ou moins vite, des politiques de santé publique pour lutter contre le virus. A travers le monde, des laboratoires effectuent des recherchent pour élaborer les premières thérapies. La Zidovudine (AZT) devient le premier médicament anti-VIH avec des succès encourageants mais limités.

L’espoir des trithérapies

L’étape majeure - le temps où l’espoir de traitements plus efficaces apparait, intervient en 1996. C’est à cette date, comme le rappelle dans la vidéo ci-dessous le professeur Françoise Barré-Sinoussi, co-découvreuse du virus du sida et prix Nobel de Médecine, « que se produit une annonce majeure dans le domaine du VIH/sida : l’identification des combinaisons thérapeutiques qui permettent aujourd’hui de vivre avec le VIH, les fameuses trithérapies. »

Dans les premiers temps, la survie des personnes séropositives s’accompagne des effets indésirables plus ou moins importants dus aux traitements. Une anomalie de la répartition des graisses dans le corps, qui creuse les joues, rend les jambes maigres ou au contraire façonne une « bosse de bison » au-dessus des épaules, à la base du cou, des troubles lipidiques responsables d’infarctus et d’AVC…

Les avancées se poursuivent néanmoins avec l’avantage pour les nouvelles molécules de limiter les effets indésirables et de faciliter les prises. Ainsi voient le jour les monoprises, les prises 4 ou 5 jours sur 7, ce qui facilite l’observance au traitement. Grâce à ces progrès l’indétectabilité de la charge virale est devenue un objectif possible pour tous les patients sous traitement.

Les avancées se poursuivent aussi au niveau de la connaissance du virus, de ses modes de transmission et apparait ainsi la notion de l’absence de risque de contamination quand la charge virale est indétectable (Concept du Treatment as Prevention ou TasP en anglais ; Indétectable = intransmissible en français). On peut donc affirmer que les personnes sous traitement ne transmettent pas le virus aux autres. Les effets du TasP sont considérables pour les personnes séropositives et pour toute la lutte contre le VIH/sida.

L’arsenal thérapeutique offre en parallèle aux personnes séronégatives une nouvelle stratégie de prévention du VIH. La PrEP (Prophylaxie Pré-Exposition ou Pre-Exposure Prohylaxis en anglais) consiste à prendre un médicament antirétroviral de manière continue ou discontinue pour éviter une contamination par le VIH. Elle s’adresse à celles et ceux qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif lors de leurs rapports sexuels et qui font partie des personnes à risque (La PrEP est aussi utilisée dans le cadre d’une prévention combinée).

Le VIH par temps de COVID

Actuellement parmi toutes les questions concernant la lutte contre le VIH/sida, la poursuite de la mobilisation mondiale est une interrogation majeure. En particulier dans le contexte actuel troublé par l’épidémie de COVID-19 qui impacte tous les systèmes de santé publique, dans les pays du Nord mais aussi et surtout dans les pays du Sud.

Dans l’entretien que nous a accordé Françoise Barré-Sinoussi (février 2020), l’épidémie de COVID-19 n’avait pas encore pris l’ampleur qu’elle a aujourd’hui. L’inquiétude du Prix Nobel de Médecine sur l’avenir de la lutte contre le VIH/sida était déjà pourtant grande et ce malgré son optimisme naturel.

La lutte n’est donc pas finie. Les enjeux tant dans le domaine de la prévention, des traitements, de la santé communautaire... sont immenses. Le travail d’information auprès des différents publics (jeunes, hommes, femmes, homos, hétéros, trans…) sur le VIH, mais aussi les hépatites, les autres infections sexuellement transmissibles, la santé sexuelle globale, reste primordial.

Le rôle de Sida Info Service, même après 30 ans d’existence, est fondamental. Ce lieu d’écoute de l’intimité a une place à part mais indispensable dans la lutte contre le VIH et plus généralement sur tous les sujets de santé sexuelle. Les écoutants par le professionnalisme et le soutien qu’ils apportent en font la force et l’originalité.

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